Courir plus vite, ramer plus fort : Jeux Olympiques 2024 à Paris

C’est une décision du Comité International Olympique historique ! Pour la première fois depuis 100 ans pour les Jeux olympiques, et pour la première fois de l’histoire pour les Jeux paralympiques, les épreuves se dérouleront en France.

Au lendemain de l’attribution des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 à la France, Laura FLESSEL, ministre des Sports, avait confié à Claude ONESTA – ancien sélectionneur de l’équipe de France de handball, personnalité incontestable du monde sportif français – une mission de réflexion sportive afin d’explorer l’ensemble des champs permettant de célébrer les victoires françaises de 2024. Objet de cette étude : quels moyens mettre en œuvre pour doubler le nombre de médailles aux Jeux de Paris 2024 ?

Equipe de France de rugby – Jeux Olympiques 1924

« Nous avons enfin su gagner les Jeux, je ne doute pas que nous saurons les organiser de manière prestigieuse en maîtrisant les moyens et en préservant un impact environnemental et social conséquent. Mais pouvons-nous imaginer que les sportifs français viennent gâcher ce moment de passion populaire ? » Claude ONESTA

« Comment transformer l’organisation du sport de haut de niveau français pour espérer doubler les médailles à Paris en 2024 ? » Pour répondre à cette exigence de résultats, Claude Onesta a consulté, écouté, analysé. Son analyse et ses préconisations se trouvent dans ce rapport de 34 pages. Très intéressantes.  Lire le rapport remis à la Ministre Laura Flessel par Claude Onesta

De ce rapport aux multiples apports, j’ai choisi de mettre deux points en exergue.

Premier point : la mise en avant de la préparation mentale qui fait défaut aujourd’hui à de nombreuses fédérations de sport françaises (mais pas qu’aux françaises …).

Extrait : « La préparation mentale, comme le domaine des sciences humaines et sociales, sont insuffisamment explorés par les sportifs français alors que l’on connaît l’ascendant psychologique dont bénéficient des nations qui l’utilisent depuis plusieurs décennies.  Cette approche permet une pratique plus épanouie et plus autonome du sport de haut niveau et contribue en ce sens au bien être de l’athlète et donc à sa longévité ».

Mission d’étude pour la haute performance sportive – page 14

En sport, encore trop souvent aujourd’hui, le mental est considéré comme quelque chose de flou, de mal défini, de « mystérieux », à l’inverse du physique, de la technique ou de la tactique. Or, la préparation mentale doit permettre à l’athlète de recouvrer l’état idéal de performance. De plus en plus d’athlètes et d’entraîneurs en sont heureusement conscients ; le travail sur le mental permet d’améliorer leurs performances durant les grandes compétitions, où les enjeux et l’environnement sont bien différents par rapport au simple entraînement.

Pour Philippe Godin, psychologue du sport à l’UCL, « il est reconnu que beaucoup trop peu de temps et trop peu de moyens sont consacrés à la dimension psychologique (« préparation mentale » et  « gestion psycho-émotionnelle »), pourtant identifiée comme facteur clé de l’apprentissage et de la performance sportive ».

L’athlète de haut-niveau doit faire face à toute une série de facteurs qui peuvent le faire déjouer. Une mauvaise gestion du stress, de l’environnement extérieur ou encore une mauvaise confiance en soi peuvent par exemple influer sur le mental du sportif et sur ses performances. Or, diverses techniques peuvent permettre à l’athlète d’être parfaitement concentré sur son objectif et ainsi mieux performer.

Le milieu du sport est encore très frileux lors qu’il s’agit de parler de ses émotions

Le milieu du sport est encore très frileux lorsqu’il s’agit de parler de ses émotions. Se confier à une personne qui ne fait partie de son entourage peut être difficile pour un athlète. Le manque d’information concernant les psychologues du sport ou les préparateurs mentaux touche également beaucoup entraîneurs. Bien des stéréotypes existent encore.

Aujourd’hui, la composante physiologique, technique et tactique est réellement prise en compte de façon précise et rigoureuse dans la planification et l’entraînement. A l’opposé, la composante psychologique et l’entraînement mental ne sont pas intégrés avec une même clarté. Le rapport de Claude ONESTA permettra t’il une avancée ?

Deuxième point : l’avantage du jeu à domicile : un phénomène omniprésent ?

Dans son rapport, Claude ONESTA mentionne une étude supervisée par « UK Sport », organisation gouvernementale de la haute performance, qui a montré que le « home advantage » permettait d’améliorer les résultats de la délégation du pays hôte de l’ordre de 25%. Le tableau ci-dessous illustre pleinement cette élévation du nombre de médailles pour toutes les nations ayant accueilli les Jeux depuis 2000.

Mission d’étude pour la haute performance – Page 8 – Rapport ONESTA

Une centaine d’études se sont intéressées à cette question. L’accumulation de ce type d’études permet d’identifier et de connaître l’étendue du phénomène de l’avantage du jeu à domicile. Il s’étend à tous les niveaux : lycée (« high school »), université (« college ») et professionnel et concerne la majorité des pratiques sportives : une moyenne de 54 % de victoires à domicile en baseball, 57 % en football américain, 60 % en hockey sur glace et en lutte, 64 % en basket-ball et en football, et 72 % en rugby, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Cet avantage est moins reconnu en tennis et en golf. Il est remarqué au cours de toutes les compétitions : championnats, coupes d’Europe et même Jeux Olympiques où la nation accueillante remporte plus de médailles qu’aux JO précédents ou suivants – comme souligné dans le rapport à la Ministre française.

Plusieurs explications sont proposées. En voici quelques-unes. Schwartz et Barsky (The home advantage. Social Forces, 55(3), 641-661 -1977) émettent l’hypothèse que les stades fermés potentialisent plus les encouragements des supporters que les stades ouverts. D’après eux, le public, véritable « soutien social », serait la principale explication de l’avantage de l’équipe hôte, reléguant le déplacement des visiteurs (fatigue) et la familiarité avec les installations de jeu au rang de phénomènes secondaires. Pour ces deux chercheurs, le lieu de la rencontre est un facteur aussi influant que la qualité de l’équipe dans l’issue finale du match. En d’autres termes, on peut prédire qu’une équipe évoluant à domicile va remporter la rencontre, au même titre qu’une équipe en tête du championnat.

D’autres études montrent aussi que l’avantage des joueurs locaux est à mettre en rapport avec les comportements d’agression des visiteurs. Ces derniers, frustrés par le public qui leur est hostile, ont leur attention perturbée, deviennent agressifs (hypothèse frustration-agression) et commettent plus de fautes, ce qui contribue à diminuer leur performance.

Les visiteurs, frustrés par le public qui leur est hostile, peuvent avoir leur attention perturbée – © Angelo Giordano

Des contextes « spéciaux », tel que le dernier match d’un championnat ou d’une série de playoffs, ont été étudiés par Baumeister et Steinhilber (1984), lorsqu’ils ont mis en évidence l’existence d’un « désavantage du jeu à domicile», le « home disadvantage ». L’équipe visiteuse aurait tendance à remporter plus de matches que l’équipe hôte dans ces contextes. Ces auteurs s’opposent au principe admis d’un avantage constant des locaux dans n’importe quelle situation. Par l’observation des World Series au base-ball (1924-1982) et des séries de playoffs en NBA (1967-1982), ces chercheurs ont remarqué que les équipes locales avaient tendance à gagner les premiers matches chez elles, mais à perdre les rencontres décisives. Ceci les a amenés à suggérer un désavantage du jeu à domicile lorsque une équipe était en position de gagner un championnat majeur devant un public supporter. Ce phénomène se traduirait sur le terrain par une baisse de performance des joueurs de l’équipe hôte, « terrifiés » de perdre devant leurs spectateurs, comme si tous les regards étaient fixés sur eux. Le public crée des espoirs de succès qui augmentent la pression sur les joueurs, les faisant stresser ou réfléchir trop au lieu de jouer automatiquement. Or un geste très technique est encore plus difficile à réussir devant de nombreux observateurs : il perd de son automatisme. Toutefois ce désavantage du jeu à domicile semble être un phénomène occasionnel.

Peur de perdre devant leurs spectateurs, comme si tous les regards étaient fixés sur eux.

Il semble donc que le fait de jouer devant son public, dans son stade, « à la maison », augmente les probabilités de victoires, mais dans une certaine mesure seulement. Il suffit que la pression ressentie par les joueurs soit trop forte pour que l’émulation positive se transforme en stress paralysant.

Il nous reste à attendre 2024 pour compter les médailles françaises !

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