Et vous, quel parent d’enfant sportif êtes-vous ?

La pratique sportive de compétition demande souvent aux parents (ou plus fréquemment à un parent en particulier) de participer de manière très active.

Toutes les études en lien avec ce sujet soulignent le rôle considérable joué par les parents dans le cadre de la pratique sportive intensive.

(c) Mohammed Hassan –

Le rôle du parent, lorsque son enfant décide de faire du sport, se résume généralement à trois points principaux :

1. lui assurer un support émotionnel : soutenir son enfant dans son apprentissage de la victoire et de la défaite, discuter avec lui du déroulement de sa compétition, l’encourager, s’assurer que son environnement de pratique est sécuritaire et exempt de tricherie, lui faire découvrir les leçons de vie que l’on peut prendre à travers la pratique d’un sport.

2. lui assurer un support financier : assumer ses frais d’inscription, son transport, s’assurer que son équipement est suffisant et approprié pour lui.

3. s’engager à le soutenir dans sa démarche : l’encourager, le soutenir sans regard à ses résultats, lui donner le goût de persévérer, engager son temps pour soutenir ses activités. Certains parents débordent de ce cadre de soutien et se projettent littéralement à travers les expériences de leur enfant. C’est là que les problèmes peuvent débuter pour les entraîneurs, les administrateurs du club, les fédérations et bien sûr, les enfants.

L’encourager, s’assurer que son environnement de pratique est sécuritaire et exempt de tricherie

La pratique sportive offre ainsi un contexte de rapprochement et d’interaction parents-enfants. Les parents sont plus intensivement engagés dans le sport de leurs enfants que jamais auparavant. Le plus souvent, les parents essayent de faire de leur mieux, et pour ce faire, se basent sur leur intuition.  Certains cependant, en voulant vraisemblablement trop bien faire, basculent et dérivent sans s’en rendre compte dans des comportements qui deviennent néfastes. Or le parent doit se trouver dans une attitude médiane entre le désintérêt et le surinvestissement total, les deux extrêmes ayant des effets pervers. Soit, développer une attitude de soutien. Un dosage difficile. Le défaut le plus fréquent est le surinvestissement du parent, qui l’amène à voler l’activité de l’enfant pour lui : omniprésence sur les terrains de compétition, contrôle exagéré, pression importante en terme d’entraînement ou de résultat, création de blog ou de page facebook dédiée aux résultats de leur enfant (où bien souvent seules les réussites en terme de victoire sont indiquées : les bénéfices sociaux associés à la réussite sportive sont mis en priorité), importance prépondérante sur la victoire, etc.


Parents de sportifs : quelle approche favoriser ? 

Être parent de sportif conduit donc à se positionner vis-à-vis de son enfant, mais aussi vis-à-vis de ses entraîneurs et des autres partenaires qu’il côtoie dans le cadre de son club et de sa fédération. Pour soutenir un jeune sportif, il est essentiel de réfléchir à sa posture, puis de mettre en place une relation propice à l’échange. Des quantités de thèmes sont intéressants à aborder ; j’ai choisi aujourd’hui d’en aborder 2 qui me semblent particulièrement importants.

(1) Favoriser la confiance en soi de son enfant.

Commençons avec la question de la confiance en lui. Cette confiance est un thème très large. Mais c’est une des bases de la performance. Elle peut se décliner en plusieurs aspects :

 – la confiance que je peux avoir dans ma maitrise technique parce que j’ai beaucoup entraîné mes gestes ;

– la confiance que je peux avoir dans ma condition physique parce que je me suis bien préparé ;

– la confiance que je peux avoir dans ma concentration : j’ai appris à mettre mon attention sur ce qu’il y a d’important.

– la confiance que je peux avoir dans mes choix tactiques parce que j’ai beaucoup répété.

Ça arrive très souvent qu’un jeune sportif rate une ou deux fois un geste et qu’il remette tout en question : « je suis nul ».


Bien faire les choses simples – MCF Puy

C’est là qu’ils ont besoin d’un parent, d’un accompagnateur qui leur dise : « sur ton échelle entre 0 et 10, il peut y avoir un niveau moyen sous lequel tu ne vas pas descendre : tu es régulier, tu as bien travaillé, tu te rappelles de ce que tu sais bien faire. » Il y a des moments où il faut pouvoir faire ce genre de piqures de rappel qui sont de l’ordre de l’identité. Et c’est ça qu’on oublie dans les moments chauds en compétition : de bien faire les choses simples. La plupart du temps, les sportifs vont s’emmêler les pinceaux parce qu’ils veulent trop bien faire, ou qu’ils pensent ne plus rien pouvoir faire.

A la veille d’un match il peut arriver qu’on soit dans le doute, qu’on n’y croit plus. Et neuf fois sur dix, il y a quelqu’un qui vient lui rappeler qui il est et ce qu’il sait faire. Quelqu’un qui sait qui il est, est difficile à déstabiliser. Même s’il rate un coup, une passe, une occasion, assez rapidement, il va revenir dans le match. Il faut donc les aider à ne pas tout remettre en question, à ne pas être dans cette espèce de clivage « je suis top ; je suis nul », comme s’il n’y avait rien entre les deux.

Ne pas être dans cette espèce de clivage « je suis top ; je suis nul », comme s’il n’y avait rien entre les deux.

Il faut que l’enfant parvienne à se rappeler et à se répéter « je sais que je sais faire un coup droit » ; « je sais que je sais dribbler untel » … JE SAIS QUE JE SAIS. JE SAIS QUE JE SUIS CAPABLE.

(2) Amener l’enfant à se confier sur ce qu’il vit à l’entraînement ou en compétition. Il est intéressant de parler avec votre enfant et lui demander : « quels sont les mots qui te parlent et ceux qui te coupent les ailes ? ».

Parler avec votre enfant

Une fois lors d’un match junior à Roland-Garros, lors du tie-break du deuxième set (ça dure depuis deux heures, les deux joueuses sont dans le rouge) on m’a raconté avoir entendu le père de l’une dire : « fais-toi plaisir ! ». Qu’est-ce que cela veut dire ? De quel plaisir parle t‘il ? De taper dans la balle, de vivre un moment unique parce qu’on est sur un grand court ? Autre exemple, j’entends aussi souvent dire : « calme-toi ». Dans les deux cas, concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Quelles actions votre enfant doit-il mettre en place pour se calmer, pour se faire plaisir ? Parfois il y a des mots qui ne vont pas aider. Dans ces moments-là, ils savent qu’ils doivent se calmer, mais leur dire « calme-toi », ça ne leur parle pas. C’est un peu comme cette scène où une jeune femme est poursuivie par 5 types agressifs : elle veut entrer dans sa maison, elle a la clé dans la main, mais elle n’y arrive pas parce qu’elle tremble. Dans ces moments-là, elle n’a pas besoin d’entendre « concentre-toi » ou « fais-toi plaisir » ou « calme-toi », son cerveau n’est pas très disponible. Elle a besoin d’entendre « mets la clé dedans, tourne à gauche et pousse la porte ».

DES MOTS CONCRETS, DES MOTS D’ACTION.

Donc en dialoguant au préalable avec votre enfant, vous allez ensemble produire de l’information, qui va l’aider dans les moments plus difficiles, ou aider l’entraîneur à avoir une clé de plus pour pouvoir communiquer avec le jeune. DES MOTS CONCRETS, DES MOTS D’ACTION.

Les résultats de dizaines d’études ont montré que les parents exerçaient une influence importante, bénéfique et multidimensionnelle sur la vie de leur enfant sportif.

Le sport et l’éducation partagent de nombreuses valeurs communes, au-delà de l’acquisition des savoirs, du savoir-être comme des savoir-faire. Etre parent d’enfant sportif n’est pas une fin en soi : il s’agit d’être parent ! Au travers des entrainements et des compétitions, il est important d’inculquer les valeurs de discipline, d’effort, de respect des autres et de soi-même qui seront transférables plus tard même si ce n’est pas dans le sport que le jeune s’épanouira. Il s’agit dès lors d’utiliser le sport de haut niveau comme mode de vie (attitudes, valeurs morales) et non comme but ultime.

A bientôt pour la suite ….

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