La fixation de but efficace (partie 2)

On poursuit sur notre lancée … Après avoir vu la spécificité et la difficulté des objectifs (fixation de buts – partie 1 ), abordons maintenant un autre principe tout aussi important: Fixer des « buts de maîtrise » plutôt que des buts de « résultats compétitifs ».

En psychologie sportive, la littérature cite trois principaux types de buts : les buts de résultat, les buts de performance et les buts de processus.

Cependant, en sport compétitif, on parle surtout de buts de résultats ;  il s’agit surtout de la recherche de la victoire : gagner un match de football, terminer premier d’un tournoi de tennis, battre X, etc. Avec ces buts de résultats compétitifs, le succès (ou la défaite) est évalué à partir d’un processus de comparaison sociale (Famose, 1990 ; Nicholls, 1989) : on se sent en réussite quand on gagne et en échec quand on perd.

On se sent en réussite quand on gagne et en échec quand on perd

Ce type de but implique généralement une comparaison avec autrui. Dès lors, la victoire devient une préoccupation obsédante pour l’athlète. Pourtant, victoire et défaite ne dépendent pas uniquement de l’athlète. Les buts de résultats compétitifs sont incontrôlables (Burton, 1989) : l’issue d’une rencontre ne dépend que partiellement de l’habileté de l’athlète. D’autres facteurs jouent également une grande influence : le niveau des adversaires, les conditions de jeu (matériel, météo, spectateurs, etc …), les décisions des officiels, la chance, etc. Or, le fait de ne pas pouvoir contrôler toutes les variables qui influencent le résultat (et en premier lieu, le niveau de l’opposant) est générateur d’anxiété. Cette anxiété est d’autant plus grande que l’enjeu est important et que l’athlète doute de ses capacités. Après une longue série de défaites, la confiance et la motivation sont affectées et l’anxiété majorée.

Un deuxième problème lié aux buts de résultats compétitifs est leur caractère inflexible. Il est impossible d’ajuster le niveau de difficulté qu’ils recouvrent. Or, ils sont rarement porteurs d’un défi optimal pour les athlètes. Il n’y a défi véritable que lorsque la compétition oppose deux athlètes de niveau approximativement équivalent. Quand un athlète (ou une équipe) est nettement supérieur(e) à un(e) autre, la victoire ne constitue pas un défi suffisant. Dans le cas contraire, quand un athlète (ou une équipe) est nettement inférieur(e) à un(e) autre, la victoire est inenvisageable. Un nageur de 100 mètres papillon qui accuse un retard de 5 mètres sur ses adversaires à 10 mètres de l’arrivée sait que même avec un effort maximal il n’arrivera pas à gagner.

En schématisant,  avec un but de résultat compétitif, gagner est synonyme de succès et perdre est synonyme d’échec

En résumé et en schématisant à l’extrême,  avec un but de résultat compétitif, gagner est synonyme de succès et perdre est synonyme d’échec. Dans cet état d’esprit, la compétition constitue une menace. L’athlète est tendu, anxieux (surtout s’il manque de confiance), et passe trop de temps à s’inquiéter du résultat plutôt qu’à se concentrer sur la tâche à accomplir. Dès lors, l’impossibilité de vaincre peut affecter la motivation, et la défaite diminuer la confiance en soi.

Pour surmonter les problèmes occasionnés par les buts de résultats compétitifs, il faut considérer le succès non pas uniquement en terme de victoire ou de supériorité sur les autres, mais également comme un dépassement de niveaux personnels de performance. On parle alors de buts de performance. Un but de performance est fondé sur des comportements spécifiques de l’athlète (ou de l’équipe) : « courir le 1500 mètres en moins de 4 minutes », « réussir 80% de lancer francs », « 60% des possessions de balle doivent se concrétiser par un tir », « réussir 5 pars dans une partie de golf », etc … Avec des buts de performance, le succès ne repose plus sur un critère extérieur et normatif (la victoire sur les autres). Le succès dépend de critères personnels, sous le contrôle direct de l’athlète : sa propre performance.

Avec des buts de performance, le succès dépend de critères personnels, sous le contrôle direct de l’athlète

Ainsi, un athlète peut se sentir en réussite s’il parvient à dépasser un niveau de performance particulier, fixé préalablement en fonction de ses possibilités du moment, même si ses capacités ne lui permettent pas d’espérer gagner. Cela crée ainsi de plus grandes opportunités de satisfaire les besoins de réussite de tous les athlètes. Contrairement aux buts de résultats compétitifs, les buts de performance sont flexibles et permettent aux athlètes de tout niveau d’établir des buts présentant un défi optimal. Ainsi, il faut fixer aux athlètes nettement supérieurs des buts de maîtrise motivants, même si la victoire est garantie. Parallèlement, il faut fixer aux athlètes nettement inférieurs des buts de maîtrise réalistes leur permettant de se sentir en réussite s’ils donnent leur maximum, même s’ils sont (très) éloignés des premiers.

Et enfin, on parle aussi de buts de processus. Ce type de but est centré sur des comportements spécifiques à adopter la pratique du sport : maintenir le poignet ferme, garder le coude tendu, se concentrer sur l’attaquant et non sur la balle, poser 2-3 grandes respirations  à chaque changement de côté, aligner correctement son putter etc. Ce type de buts s’avère particulièrement efficace pour réduire l’anxiété.

Ce type de buts s’avère particulièrement efficace pour réduire l’anxiété

Il permet de fixer des buts qui objectivent des comportements efficaces, indépendamment du résultat de la rencontre. Le bénéfice pour soi qu’offre l’atteinte d’un but de maîtrise est peut-être moins élevé que dans un but de performance ou de résultats, mais la menace associée à l’échec dans un but de maîtrise est aussi moins élevée. Le climat de maîtrise et l’orientation vers la tâche représentent le lien le plus favorable pour l’apprentissage. Cela optimise également la motivation.  Ces buts permettent à l’athlète de fournir des efforts de manière plus solide, constante et constructive, quel que soit le niveau de compétence perçu.

Mais (parce qu’il y a toujours un mais !), sous pression, le but de processus (sur une partie du geste) peut nuire à la fluidité de l’exécution d’une tâche bien maîtrisée. Cette apparente contradiction est désignée dans la littérature sous le terme de paradoxe des buts de processus. C’est pourquoi, dans le cadre du suivi des sportifs que je fais, nous travaillons plus sur les objectifs de processus en lien avec la préparation mentale effectuée : visualisation, respiration, routine, … et rarement sur des objectifs de processus techniques.

Mais alors que faut-il faire ? Quel est le meilleur type de but ?

De nombreuses études ont étudié l’efficacité de ces trois types de buts. Une première conclusion est que les sportifs qui ne se fixent aucun but progressent moins que les sportifs qui se fixent des buts de performance et de processus.  En outre, les chercheurs ont observé que les buts de processus s’avéraient supérieurs aux buts de performance pour la gestion de l’anxiété. Enfin, on peut affirmer que la stratégie à buts multiples est la plus efficace pour améliorer la force psychologique et les performances de l’athlète.

La stratégie à buts multiples est la plus efficace pour améliorer la force psychologique et les performances de l’athlète

Du développement qui précède, il ne faudrait pas parvenir rapidement à la conclusion qu’il est inutile de fixer des buts de résultats compétitifs. Ils sont l’essence même du sport. Néanmoins, nous souhaitons attirer l’attention des entraîneurs et des sportifs sur les problèmes que posent de tels buts au niveau de la motivation, de la confiance en soi et de l’anxiété. La plupart des psychologues du sport insistent aujourd’hui sur la nécessité d’assortir chaque objectif de résultat compétitif de plusieurs objectifs de performance et de processus qui permettent d’atteindre ce résultat compétitif. Comme ces deux derniers types de buts sont contrôlables et flexibles, ils augmentent l’investissement de l’athlète. Par voie de conséquence, on augmente également les chances de gagner.

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