Je débriefe, tu débriefes, nous débriefons !

Comment athlètes et entraîneurs s’y prennent-ils pour débriefer ?

En sport, on définit le débriefing comme une discussion après une performance. L’objectif est de faire un retour sur ce qui vient de se passer (analyser les causes possibles des échecs et réussites)     et se projeter sur les prochaines échéances (que cela concerne les prochaines étapes des entraînements ou les futures compétitions) et enfin déterminer les changements à opérer.

Ce moment permet à l’athlète et à l’entraîneur de développer de nouveaux apprentissages et de nouvelles analyses, d’aider à récupérer les ressources mentales,  à se projeter dans le futur, à renforcer la confiance en soi et la confiance dans le binôme.

Ce moment permet à l’entraîneur et à chaque athlète de renforcer la confiance en soi et la confiance dans le binôme – (c) Etoile du Nord

Il s’agit d’une démarche de développement fondamentale pour les athlètes.

Au plan des pratiques, et sans entrer dans les particularités des disciplines et des cultures nationales, l’entraînement articule principalement les interventions suivantes : la préparation physique (endurance, souplesse, etc.) qui vise à atteindre un état de « forme physique » qui doit être optimal lors des compétitions importantes,  l’entraînement technique et tactique, la préparation psychologique, qui doit permettre à l’athlète d’acquérir et de maintenir un état psychique propice à l’ atteinte de performances élevées : contrôle émotionnel, stratégies de concentration, de motivation, de régulation de l’activation, etc.

Au cours du temps, des formes d’intervention estimées efficaces ont été sélectionnées, des méthodes et des principes d’action ont été formalisés : répertoires d’exercices, modes d’organisation et de planification des entraînements, stratégies de prise en charge des athlètes etc.

Au cours du temps, des formes d’intervention estimées efficaces ont été sélectionnées – (c) JJ Keith

Ces aspects explicites de l’entraînement en masquent d’autres moins repérables, issus de l’expérience intime et de l’expertise des entraîneurs qui, pour avoir passé des milliers d’heures sur les « terrains de jeu » à accompagner leurs athlètes, à rechercher le « détail qui fait la différence » ont fini par acquérir des compétences exceptionnelles.

Athlètes et entraîneurs vivent ensemble des émotions soutenues : stress, déceptions, tensions, osmose, frustrations, douleurs, plaisir ou joie intense. Autant de sensations complexes et contradictoires, qui emplissent le quotidien de ces personnes au métier hors du commun où par-dessus tout la relation de confiance athlète-entraîneur doit être privilégiée.

Par-dessus tout la relation de confiance athlète-entraîneur doit être privilégiée

Il existe peu d’études scientifiques, peu de littérature sur le débriefing en sport

Pour obtenir des ressources théoriques, il faut s’ouvrir à la notion de débriefing dans le domaine médical ou militaire ou psycho-clinique. La technique de débriefing fut d’ailleurs d’abord pratiquée dans l’armée américaine auprès de groupes militaires avant de se développer dans d’autres domaines. On y retrouve plusieurs points communs avec le domaine du sport : nécessité de faire le point sur ce qu’il s’est passé, se projeter dans l’avenir avec le besoin d‘effectuer des régulations pour être encore plus performant, exprimer ses émotions (extérioriser ses émotions vécues pendant l’action ou des émotions qui sont conséquentes à l’action).

La technique de débriefing fut d’abord pratiquée dans l’armée américaine auprès de groupes militaires (c) Yokosuka

Le débriefing est souvent perçu comme un passage d’infos qui va du haut vers le bas initié par un supérieur hiérarchique (un commandant militaire, un chirurgien ou ici un entraîneur). Mais si on veut que le débriefing soit efficace, (pour qu’un débriefing soit efficace, l’athlète doit y avoir l’occasion d’y développer des apprentissages, de renforcer sa confiance en soi, de rester confiant, d’aborder plus sereinement les étapes suivantes), il faut que le comportement du leader soit adéquat.

Dans le management en entreprise, on retrouve le modèle de Bass (1999) qui distingue deux styles de leader :

  • Leader transactionnel : focalisation sur les tâches et les modalités de réalisation
  • Leadership transformationnel : focalisation sur le bien-être et le développement global de l’individu.

Si je schématise, on pourrait dire que «  l’entraîneur transactionnel » va, au cours du débriefing, proposer l’analyse de l’évaluation du plan qui avait été préparé. Et « l’entraîneur transformationnel » va lui plutôt travailler au renforcement de la confiance.

Il n’existe pas de méthode universelle pour débriefer : plusieurs types de débriefing sont possibles. Les contextes sont très variables. En sport, le contexte compétition présente une pression et des enjeux très élevés (phases de qualifications, titres, médailles). Prenons un exemple en sport individuel où la relation entraîneur- athlète est fort individualisée : cela peut faciliter la parole entre les deux ou à contrario, l’athlète pourrait peut-être hésiter à prendre la parole de peur d’être jugé.

Il n’existe pas de méthode universelle pour débriefer

Une étude menée avec 8 entraîneurs et 7 athlètes qui ont participé aux JO de Rio représentant 9 disciplines sportives individuelles a permis de modéliser 5 axes de travail. Plusieurs questions leur ont été posées. En voici quelques-unes : A quels moments se sont faits les débriefings ? Prépariez-vous votre débriefing ? A quoi étiez-vous attentif ? Que faisiez-vous pour obtenir son attention ? Comment analysiez-vous la performance ? Comment déterminer le travail à réaliser en vue de la compétition suivante ? Que disiez-vous ou faisiez-vous pour l’aider à tourner la page ? Etc.

Après l’analyse de ces réponses (qui concernent le sport individuel de haut niveau), les chercheurs ont découvert 5 modes opératoires utilisés en débriefing :

  • Evaluer l’efficacité du plan, des comportements et leur mise en œuvre
  • Co-construire les axes de progrès
  • Prendre en compte les capacités attentionnelles
  • Réguler la confiance et les émotions 
  • Tourner la page et récupérer

Ces 5 modes opératoires peuvent être initiés par l’athlète ou par l’entraîneur ou conjointement. Prenons l’exemple de « Réguler la confiance et les émotions ». En général,  l’entraîneur s’en charge majoritairement, mais parfois l’athlète peut réguler celle de l’entraîneur si ce dernier est déçu.

L’entraînement en sport de haut niveau met en présence des athlètes et des entraîneurs qui interagissent dans une visée de performance maximale lors des compétitions et des préparations à ces compétitions. Cette quête d’excellence s’accompagne de préoccupations explicites d’éducation et de développement des athlètes. En règle générale, donc, pendant le débriefing, l’entraîneur doit encourager l’athlète à prendre la parole et renforcer sa confiance en lui. Un athlète efficace est un athlète capable de progresser, donc de reconnaître ses erreurs et de respecter ses adversaires.

En règle générale, pendant le débriefing, l’entraîneur doit encourager l’athlète à prendre la parole et renforcer sa confiance en lui – (c) Le Télégramme

Motiver les athlètes, pour enrayer les pressions et obtenir la qualité de la prestation.

 L’entraîneur doit donner la motivation nécessaire à ses athlètes pour continuer en leur montrant qu’ils sont capables de relever le challenge.

M. Haguenauer (entraîneur patinage artistique) tente de dédramatiser la situation et de donner confiance à ses sportifs lorsqu’ils sont prêts à monter sur la glace: « fais ton job, comme tu en as l’habitude ». C’est donc ça le bon entraîneur. Celui qui donne confiance à son athlète, le motive, l’aide à s’accomplir et le responsabilise. Un bon entraîneur ne possède pas de recette magique et universelle pour manager. Il sait au contraire s’adapter à chacun de ses sportifs, dans son individualité, dans ses forces et ses faiblesses. La performance sportive résulte d’une action collective nécessitant la gestion de l’humain par l’entraîneur. Il s’agit d’un véritable processus collaboratif.

Si je résume en me basant  sur les constats faits par Bass en management d’entreprise :

  • il y a tout d’abord le pilotage rationnel du débriefing qui permet l’efficacité et la qualité de la prestation. Nous avons déjà relevé dans nombre d’articles précédents l’importance pour l’entraîneur de fixer des objectifs et d’être capable de conduire le changement.
Le pilotage rationnel du débriefing qui permet l’efficacité et la qualité de la prestation
  • Ensuite, le second pilier de la performance sportive réside dans la relation entraîné/entraîneur. L’entraîneur doit être un protecteur qui soutient ses sportifs psychologiquement en cas de besoin, mais aussi un coach, qui saura les motiver et les remotiver en permanence, leur permettant ainsi de progresser.

Le mental de l’athlète étant primordial pour sa performance, le bon entraîneur veille à maintenir l’équilibre au sein de son environnement et au sein de son esprit. Enfin, le bon entraîneur est un éducateur, qui enseigne à son élève les valeurs sportives ainsi que l’esprit de compétition, nécessaires à sa performance.

 

 

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