Le besoin d’expliquer ses performances

Tout sportif -à tous les niveaux de la pratique sportive- va généralement essayer de chercher à expliquer ses performances, la cause de son échec ou de sa réussite. Le vainqueur d’un important tournoi de golf attribue sa victoire à de longues heures d’entraînement; un tireur à l’arc estime que ses derniers échecs sont dus à la malchance ; une équipe de football va mettre la faute sur leur entraîneur …

Le domaine du sport entraîne de nombreux « Pourquoi ? » auxquels chacun tente d’apporter une réponse. L’explication du résultat sportif est une question fondamentale qui préoccupe et concerne au plus haut point les sportifs, les entraîneurs, les supporters, les commentateurs.

Expliquer la cause de son succès et de son échec

En psychologie du sport, les explications d’un résultat sportif sont appelées les « attributions causales » : à quelles causes attribue -t-on ce résultat ? L’attribution causale concerne la manière dont les individus attribuent la cause de leur succès et de leur échec.

Les explications données à un résultat (= attributions causales) se rapportent tant aux facteurs subjectifs de la performance liés à la satisfaction personnelle qu’aux résultats objectifs. Ainsi, les attributions (explications) fournies sont propres à chaque individu.

Il est essentiel pour l’entraîneur et pour le sportif d’en tenir compte.

Tout individu impliqué dans une activité sportive est régulièrement confronté aux résultats des actions qu’il a engagées. L’épreuve sportive, en tant qu’instant de vérité, possède une valeur informationnelle importante entraînant des conséquences sur la motivation et les émotions. Victoire, échec, succès, défaite : ces mots font partie du vocabulaire couramment rencontré. L’analyse des résultats et de la manière dont ceux-ci sont obtenus apparaît alors déterminante pour le maintien d’un haut niveau d’engagement du sportif. Si les succès entraînent des conséquences agréables et bénéfiques pour la suite de la compétition, la répétition d’échecs peut favoriser l’apparition de pensées, d’émotions et de comportements négatifs. Les résultats obtenus mais surtout la manière dont ceux-ci sont interprétés, analysés et expliqués -notamment en termes d’attributions causales-, vont influencer la confiance en soi, mais aussi la motivation et la réussite dans les situations sportives futures.

Si les succès entraînent des conséquences agréables et bénéfiques pour la suite de la compétition, la répétition d’échecs peut favoriser l’apparition de pensées, d’émotions et de comportements négatifs.

Notons bien que les explications ne reflètent pas une réalité objective : ce sont des constructions personnelles. Les sportifs iraient au-delà des données directement observables dans une situation pour expliquer celle-ci, pour la comprendre. Ils cherchent à donner un sens aux événements.

Selon le fondateur de la théorie sur les attributions causales, Fritz Heider, né à la fin du 19ème siècle, les individus se réfèrent à différentes catégories d’explications.

(1) Le lieu d’origine de la cause invoquée : cette dimension différencie les causes propres à la personne, les causes internes comme l’effort, la fatigue, sa méthode d’entraînement etc. et les causes extérieures à la personne, les causes externes comme la difficulté objective d’une tâche, la météo, …. Exemple : Si un sportif gagne une compétition face à un compétiteur de force nettement inférieure à lui, il se dit que sa victoire est due au fait que le match était facile, il fait une attribution externe, il attribue son succès à un phénomène extérieur. Si, au contraire, l’athlète se dit qu’il a obtenu la victoire parce qu’il a travaillé fort et qu’il a mis toute sa concentration dans le match, il fait une attribution interne. Son résultat est dû à lui-même. En général, le sportif aura tendance à internaliser les causes de ses succès et aura tendance à externaliser les causes de ses échecs.

Le lieu d’origine de la cause invoquée : interne ou externe

(2) La stabilité de la cause donnée : une cause est stable quand elle est permanente dans le temps aux yeux de l’athlète et variable ou instable quand elle lui paraîtra pouvoir fluctuer avec la durée. On peut obtenir un succès grâce à son habileté (celle-ci ne fluctue pas d’un jour à l’autre : stable) et/ou grâce à ses efforts (ceux-ci peuvent varier d’un jour à l’autre : variable). Exemple : lorsqu’un athlète, échouant à faire passer son premier service lors d’une compétition, se dit qu’il va TOUJOURS gâcher ses résultats à cause de son service, il fait une attribution stable. Au contraire, s’il se dit qu’il pourrait consulter son entraîneur pour comprendre les erreurs qu’il commet, il croit pouvoir modifier la situation et fait alors une attribution variable.

La stabilité de la cause donnée : stable ou instable (variable)

(3) Le contrôle qu’un sportif a sur une cause : la cause est contrôlable lorsque l’athlète considère qu’il est l’acteur principal de ce qui se produit ou qu’il pense qu’il pourra, dans l’avenir, infléchir sur ce type d’événement. La cause sera incontrôlable dans le cas contraire (il pense n’avoir aucun pouvoir sur ce qu’il advient). La perception du caractère contrôlable ou non des causes est un des facteurs-clés de la motivation humaine. Ce concept de contrôle implique que la personne pourrait ou aurait pu agir autrement.

En situation de débriefing, pour l’entraîneur ou pour le sportif, il est essentiel que les causes mises en avant pour expliquer un résultat sportif soient choisies avec soin ! Ces trois dimensions influencent le futur comportement des sportifs à travers le lien qu’elles établissent avec l’estime de soi (Lieu), les attentes futures de succès ou d’échec (Stabilité), ainsi que les émotions ressenties (Contrôlabilité).

Aussi, en agissant sur le style de causalité, les réponses émotionnelles pourront se voir transformées dans le but d’être plus efficaces. Cette capacité à privilégier les causes les plus adaptées s’apprend. Cette théorie est devenue la plus utilisée dans le cadre des programmes en contexte sportif (modèle de Weiner).

Traditionnellement, les causes de réussite et d’échec invoquées sont de 4 ordres : l’aptitude (interne, stable, incontrôlable), l’effort (interne, variable, contrôlable), la difficulté de la tâche (externe, stable, incontrôlable), la chance (externe, variable, incontrôlable). L’impact affectif d’un échec et les comportements futurs (découragement/nouveaux efforts) dépendent étroitement de l’attribution de l’échec à un de ces facteurs plutôt qu’à d’autres.

En situation de débriefing, il est essentiel que les causes mises en avant pour expliquer un résultat sportif soient choisies avec soin !

Ce modèle postule que l’explication d’un échec par des causes perçues comme internes, instables et contrôlables (e.g., le manque d’effort, une mauvaise stratégie) va entraîner des conséquences motivationnelles positives (e.g., émotions positives, maintien du niveau initial d’attentes de réussite) et donc un comportement « fonctionnel », tourné vers la recherche de l’amélioration de la performance (e.g., augmentation des efforts, de l’engagement, de la persistance). En revanche, l’attribution d’un échec à des causes perçues comme plutôt internes, stables et incontrôlables (e.g., le manque d’habileté) aboutira à des conséquences motivationnelles négatives (e.g., émotions négatives, baisse du niveau des attentes de réussite) et donc à un comportement « dysfonctionnel », passif, pouvant aller jusqu’à l’abandon de l’activité. L’objectif principal d’un programme d’entraînement attributionnel guidé par cette théorie est d’amener le sportif à moins se focaliser sur les attributions internes, stables et incontrôlables lors de situations d’échecs pour privilégier de nouvelles explications plutôt perçues comme internes, instables et contrôlables (e.g., le manque d’effort, le choix d’une stratégie inadaptée). Ceci préserve la perception de contrôle sur les événements.

Identifier les causes d’un résultat implique, dans tous les cas, de souligner le caractère réversible de celles-ci. Le contraire présenterait, en cas d’échec, le risque d’affecter gravement l’estime de soi par l’attribution du résultat à une faible compétence.

Rappelons également que le souci de préserver le sentiment de compétence nécessite une organisation temporelle en « sandwich » (positif – négatif – positif) du « debriefing » qui fait suite à une compétition (Thill, 1989).

Préserver le sentiment de compétence nécessite une organisation temporelle en « sandwich » (positif – négatif – positif) du « debriefing »

Pour cet auteur, il est préférable d’aborder en premier lieu les points positifs même si ceux-ci sont peu nombreux, notamment en cas de contre-performance. Il est bien rare, en effet, qu’aucun élément de satisfaction ne puisse être enregistré dans un des registres impliqués dans la performance (technique, tactique, énergétique, mental, émotionnel ou relationnel). Dans un second temps, celui de l’analyse causale des aspects négatifs, il s’agira davantage de mettre en évidence les facteurs circonstanciels de ses propres faiblesses et de ses points forts ainsi que ceux de l’adversaire avec le maximum d’objectivité et de sérénité. Enfin, une perspective positive subordonnée aux efforts à fournir sera évoquée en insistant sur le fait que les carences constatées peuvent être comblées lors des prochains entraînements.

La carrière des sportifs est parsemée de victoires, mais aussi d’échecs ; la capacité à gérer ces derniers et à repartir de l’avant est donc primordiale. A l’aide de cette théorie et des trois principales dimensions causales, on distingue ce à quoi un sportif, un entraîneur, et même un parent doivent être vigilants.

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