L’entraînement de l’attention est plus qu’une forme de musculation

Nous connaissons déjà deux caractéristiques de l’attention ! L’attention est une ressource limitée et l’attention peut être automatique  : Maîtriser son attention .. tout un art !

D’autres aspects de l’attention sont bien utiles à connaître pour l’entraîneur et le sportif !

L’attention est sélective : l’attention volontaire (ou contrôlée)

Ce qui revient à dire que nous pouvons décider volontairement de choisir quels éléments nous souhaitons prendre en compte pour agir.  Nous pouvons choisir de porter notre attention sur quelque chose en particulier, comme par exemple un sous-titre dans un film ; ou un golfeur peut décider de se focaliser uniquement sur sa cible ; ou un entraîneur peut regarder évoluer un seul de ses joueurs pendant 15 min.

Le sportif qui veut arriver à se concentrer sur la tâche doit faire abstraction de tout ce qui se passe autour de lui qui ne ferait pas partie de celle-ci. Les informations sans liens avec la tâche, appelées généralement des distracteurs, doivent ainsi être neutralisées : les distracteurs attirent ailleurs l’attention qui devrait en fait être consacrée à la tâche. Ils peuvent donc entraver sérieusement le résultat. Comme par exemple les distracteurs internes, difficiles à cerner et qui se travaillent au cours de la préparation mentale. Ce peut être des pensées, des émotions, des préoccupations, du stress, etc.

Les distractions peuvent être nombreuses … et variées !

Pour résumer, alors que l’attention favorise l’ouverture de tous nos sens en nous assurant une réception maximale de toutes les informations en provenance soit de notre environnement (messages visuels, auditifs, etc.) soit de notre milieu interne (sentiments, émotions, état physiologique), nous avons donc la capacité de diriger volontairement notre attention sur les aspects que nous jugeons importants. En cela, l’attention est aidée par la concentration.

Le processus d’attention ouvre notre esprit aux signes sensoriels ; le processus de concentration, complémentaire, ferme notre conscience à tout ce qui peut distraire notre esprit de la tâche. La concentration  … c’est focaliser l’attention, la diriger comme un puissant projecteur, un laser vers un objectif précis. La concentration sert de protection pour résister à tous les parasites pouvant nous distraire. Le processus de concentration bloque l’arrivée à notre conscience de toute stimulation qui peut perturber notre esprit. C’est donc une attention soutenue que rien n’interrompt. Cela permet de porter son attention sur ce qui importe (tâche et environnement) de la bonne façon pour la durée nécessaire à l’accomplissement de la tâche.

Tirer un penalty en 2ème lieu augmente la surcharge de stress, entraîne des pensées parasites et perturbe l’attention.

L’attention sélective est  une caractéristique très importante du sportif ; c’est une grande différence entre les sportifs débutants et ceux qui atteignent le haut niveau. Ces derniers savent sélectionner les informations qui leur seront les plus utiles. Ils n’en traitent pas plus (l’attention est limitée) mais ils vont à l’essentiel.

Par exemple, en sport collectif, lorsque son équipe n’a pas la balle, un défenseur  confirmé va  être attentif à son attaquant, à son placement, ou encore à une zone précise du terrain selon le contexte du moment. Quand son équipe reprend possession de la balle, il va être attentif à d’autres éléments. Et tout cela le plus rapidement possible, du fait de la vitesse du jeu : il doit donc faire des choix rapides en sélectionnant certaines infos qu’il juge utiles à cet instant précis.

Bonne nouvelle : Puisque les sportifs confirmés ont une meilleure attention sélective, c’est que cela s’apprend !

On trouve un très bel article démontrant l’importance de ce travail dans le magazine Zone technique : « Gardien : muscler ses yeux et développer ses capacités cognitives » par Thierry Barnerat :  Zone technique

Une fois que le sportif a automatisé ses gestes (après des heures d’entraînements et des milliers de répétitions), pour progresser dans ce domaine, il semble donc essentiel d’intégrer un apprentissage de l’attention dans la planification d’entrainement des sportifs. L’entraîneur doit donc amener le sportif à repérer les informations pertinentes pour l’exécution de ses actions et lui apprendre à adapter son attention à la demande de la tâche. Travailler sa concentration et son attention s’intègre aux entraînements.

L’entraîneur doit donc amener le sportif à repérer les informations pertinentes pour l’exécution de ses actions

L’entraîneur propose aux sportifs des situations mettant à l’épreuve leur focalisation attentionnelle : situation complexe pouvant les conduire à des erreurs, environnement compétitif ou proche de la situation réelle de compétition, travail sur les sens, prise de conscience des pensées parasites… Voici un bel exemple d’entraînement à l’attention : Entraînement attention par Jose Mourinho – Chelsea

Le processus volontaire ou contrôlé, contrairement au processus involontaire ou automatique, est lent, demande beaucoup d’efforts et a une capacité limitée. Plus on progresse, plus on devient « expert » dans un domaine, plus grande est la part d’attention automatique. La boucle est ainsi bouclée ! Au travail !

A quel niveau porter son attention ?

Le niveau auquel nous portons attention change en cours d’apprentissage. Les experts portent leur attention au niveau global ; les débutants la porteront à un niveau plus spécifique, plus local. Souvenons-nous du moment où nous avons appris à lire. Nous avons commencé par reconnaître les lettres individuellement : r,i … Puis à former des syllabes : ri. Puis nous avons appris à assembler les syllabes : ri …. go  … lo. Puis nous avons réussi à former un mot : rigolo. Ensuite nous avons pu lire de façon globale en reconnaissant le mot d’un seul coup et non plus en le déchiffrant. Le cerveau du débutant en lecture considère « rigolo » comme 3 entités juxtaposées ; l’expert une seule.

L’expert peut donc réaliser le même geste avec moins d’attention ce qui laisse le cerveau libre de prendre en compte d’autres éléments que le novice, complètement débordé, doit laisser de côté. Grâce aux années d’entraînement, le sportif de haut niveau peut se concentrer sur des aspects complexes de son jeu, tactiques, stratégiques, artistiques plutôt que sur sa technique.

La paralysie par analyse – © Montaz Elbaz

Une fois le geste appris, celui-ci est considéré par le cerveau comme un tout.

L’expert peut, s’il le souhaite, porter son attention sur une partie du geste mais il court alors le risque de perdre en fluidité. Porter son attention sur une composante d’un geste automatisé peut en diminuer l’efficacité. Cela s’appelle la paralysie par analyse.

Lorsque l’attention privilégie l’une des composantes du mouvement, celui-ci perd sa coordination et redevient, comme chez le débutant, une juxtaposition de processus moteurs indépendants.  Et certaines régions de notre cerveau passent en sur-régime. On peut observer ce genre de phénomène lorsqu’un sportif craque sous pression : tir de penalty, tie-break, 18ème trou au golf, ….

L’entraînement de l’attention est donc bien plus qu’une forme de musculation. Il faut de la puissance mais aussi savoir porter son attention sur la bonne cible en l’ajustant de façon flexible au bon niveau de détails en fonction de l’objectif à atteindre.

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