L’estime de soi dans le sport

Les entraîneurs, dans leurs objectifs éducatifs, doivent donner une place importante à la promotion d’une image de soi positive chez leurs élèves. D’un point de vue pratique, pour atteindre ces objectifs, ils doivent prendre en compte l’ensemble des facteurs qui influencent le développement de l’estime de soi.  Pour ce faire, ils peuvent jouer sur plusieurs déterminants inclus dans la formule de James (1980). L’estime de soi = succès/prétention.


La formule de James : Estime de soi = Succès/Prétentions

L’estime de soi : comment on s’apprécie soi-même

La notion de soi commence avec le corps ; son développement est d’abord basé sur le soi physique. Quand on demande à de jeunes enfants ce qu’est le « soi »,  ils répondent en indiquant leur corps. Les enfants plus âgés et les adultes ont des notions de soi qui vont au-delà du soi physique. Elles comprennent l’identité sociale, la réputation, les valeurs personnelles, etc. Ils pensent le soi comme étant quelque chose qui existe « à l’intérieur», c’est-à-dire, une partie non visible, séparée du corps physique, palpable.

Une importante partie de ce concept du « soi » est l’estime de soi. Un concept de soi n’est pas simplement un résumé de croyances sur soi, mais est rempli de jugements, c’est-à-dire de perception de soi comme bon, mauvais, ou médiocre. L’estime de soi fait référence «au degré selon lequel un individu s’aime, se valorise et s’accepte lui-même» (Rogers, 1951). L’estime de soi est principalement «affective». Elle est en rapport avec les sentiments ou les émotions que les personnes éprouvent à la suite des évaluations d’elles-mêmes. Ceci signifie que, comme tous les états affectifs, elle a une qualité d’expérience positive ou négative. Autrement dit, elle est quelque chose que la personne aime et désire avoir en plus ((une image générale de soi-même plus ou moins positive) ou quelque chose que la personne n’aime pas et veut être débarrassée (de la honte par exemple).

L’estime de soi est principalement affective (c) Geralt

Revenons à la formule de James : Estime de soi = Succès/Prétentions

Le dénominateur de cette formule existentielle représente nos valeurs, nos buts, et nos aspirations (prétentions). Nos comportements (succès) constituent le numérateur.  Comme pour une fraction mathématique, on peut augmenter l’estime de soi en augmentant le numérateur (succès) ou en diminuant le dénominateur (prétentions). L’estime de soi peut être augmentée en atteignant de plus grands succès et être maintenue en évitant les échecs, mais elle peut aussi être accrue en adoptant des buts moins ambitieux ou changeant l’importance que l’on accorde à ces buts.

Par exemple, si un jeune sportif désire fortement être footballeur professionnel, ne pas être sélectionné dans les équipes premières juniors contribuera à posséder une basse estime de soi. D’un autre côté, s’il joue au football seulement parce qu’il veut rester avec ses copains, ne pas être sélectionné aura peu ou aucune influence sur son estime de soi. L’estime de soi globale – la manière dont une personne s’évalue généralement elle-même – découle directement de la somme totale de ces comparaisons succès/aspirations.


L’estime de soi découle de la somme totale de ces comparaisons succès/aspirations. (c) Geralt

Les éléments constitutifs de l’estime de soi

Dans la logique de la conception de l’estime de soi comme un ratio, son niveau dépend de ce qui se passe aussi bien au niveau du numérateur qu’à celui du dénominateur. Examinons tour à tour ces deux voies.

Au niveau du numérateur : le succès

L’implication principale qui découle de la formule est d’augmenter le niveau de succès qu’un élève obtient. Mais les choses sont loin d’être aussi faciles car il n’est pas aisé de définir ce qu’est le succès : la notion de succès ne coïncide pas forcément avec l’augmentation des résultats. Notamment lorsqu’il s’agit d’apprécier non pas des scores mais des qualités telles que compétence, responsabilité, amabilité, etc

Nous avons déjà vu quelques principes fondamentaux d’intervention dans des articles précédents. Les voici à nouveau – dans leurs grandes lignes.

  1. Faire expérimenter le succès.  Selon les individus, il y a deux façons de s’attribuer le succès, de se sentir compétent ; ces différences proviennent à la fois de la personnalité et du contexte. On parle d’être orienté vers la maîtrise « En sport, je me sens particulièrement en réussite quand je fais des progrès » ou vers l’ego « En sport, je me sens particulièrement en réussite quand je domine les autres ».

Les premiers pensent démontrer leur compétence quand ils maîtrisent une tâche, quand ils ont appris ou progressé. Les seconds ont besoin de faire la démonstration qu’ils sont les meilleurs : ils sentent alors en réussite quand ils peuvent démontrer une compétence supérieure aux autres. 

Pour faire expérimenter le succès, l’entraîneur a tout intérêt à inciter les élèves à comparer leurs résultats actuels à leurs résultats antérieurs. Le sentiment de compétence reposera alors sur des critères personnels (sa propre performance) et sur un processus de comparaison temporelle. L’athlète voit le résultat comme une réussite lorsqu’il maîtrise la tâche, indépendamment du résultat des autres. Les erreurs et les obstacles sont non-menaçants. Les questions que le sportif se pose : ai-je progressé ? ai-je appris ? 
Le bénéfice pour soi qu’offre l’atteinte d’un but de maîtrise est peut-être moins élevé que dans un but de performance, mais la menace associée à l’échec dans un but de maîtrise est aussi moins élevée. Pour plus de détails : http://challengeu2.be/nos-attitudes-face-aux-succes-echecs-sportifs/

Pour faire expérimenter le succès, l’entraîneur a tout intérêt à inciter les élèves à comparer leurs résultats actuels à leurs résultats antérieurs (c) tortugadatacorp

2. L’inciter à faire de bonnes attributions causales adaptatives

Pour rappel, (http://challengeu2.be/le-besoin-dexpliquer-ses-performances/ ), en psychologie du sport, les explications d’un résultat sportif sont appelées les « attributions causales » : à quelles causes attribue -t-on ce résultat ? L’attribution causale concerne la manière dont les individus attribuent la cause de leur succès et de leur échec.

Les attributions les plus communes faites en compétition sportive sont, par exemple, «J’ai réalisé une mauvaise performance parce que je ne suis vraiment pas doué pour ce sport», «Je ne me suis pas suffisamment entraîné», «J’ai eu de la chance», «La tâche était facile», «L’entraîneur nous a mal préparés», «J’étais mort de faim», etc. Parfois, les attributions pour les mauvaises performances sont souvent présentées comme des excuses: «J’étais fatigué», «J’étais préoccupé par l’examen que je devais passer le lendemain», «J’avais des problèmes de santé». Il est important de signaler que ces attributions sont les causes perçues par l’individu. Elles peuvent être ou ne pas être les causes réelles. Quand un jeune gymnaste conclut qu’il n’a pas bien réussi lors d’une compétition parce qu’il manque d’aptitude pour ce sport, alors c’est cette attribution perçue qui produira une conséquence psychologique (baisse de la confiance en soi) et une conséquence comportementale (moins d’investissement à l’avenir dans ce sport), indépendamment du fait que celle-ci soit la cause réelle ou non de l’événement (il pouvait ne pas s’être suffisamment entraîné, l’exercice à réaliser était très difficile, etc.). On le lit, les explications données à un résultat (= attributions causales) se rapportent tant aux facteurs subjectifs de la performance liés à la satisfaction personnelle qu’aux résultats objectifs. Ainsi, les attributions (explications) fournies sont propres à chaque individu. Il est essentiel pour l’entraîneur et pour le sportif d’en tenir compte.

Les explications d’un résultat sportif sont appelées les « attributions causales » 

Un sportif ayant une faible estime de soi a besoin d’être revalorisé. L’aider à réinterpréter les événements d’une manière plus favorable au soi peut lui permettre de gagner un peu de cette estime de soi qui lui fait défaut. C’est ainsi qu’un entraîneur doit veiller, en cas de succès, à privilégier des causes internes du type habileté et, en cas d’échec, des causes qui peuvent certes être internes mais instables, contrôlables et, si possible, spécifiques. A l’inverse, en présence d’un athlète à haute estime de soi, si l’entraîneur doit faire l’effort de comprendre ses motivations, il doit peut-être malgré tout chercher à orienter ce type d’élève vers une démarche plus constructive notamment en cas d’échec où il ne doit pas cautionner systématiquement son rejet de sa part de responsabilité. En effet, pour progresser, un élève doit parfois accepter de se remettre quelque peu en question pour mieux évoluer au sein d’un processus d’apprentissage. 

Au niveau du dénominateur : les prétentions

L’importance qu’une personne attache à un domaine particulier ou à une activité particulière déterminera le degré selon lequel le succès et l’échec affecteront sa propre estime de soi.

Si la plupart des personnes aspirent à atteindre les mêmes choses – ce qui revient à dire qu’il y a peu de variance chez les personnes dans leur prétentions – alors la principale cause de différence dans l’estime de soi sera les différences dans le degré de succès. D’un autre côté, s’il y a une grande quantité de variance dans les prétentions – les personnes diffèrent considérablement dans ce à quoi ils aspirent – les différences objectives dans les succès deviennent des sources moins importantes de différence dans l’estime de soi.

Les stratégies de maintien de l’estime de soi au niveau du dénominateur font en sorte de rabaisser ou d’élever la valeur de la tâche.

Pour élaborer de manière supplémentaire sur cette idée, nous considérons une fois encore l’équation de James sur l’estime de soi : Estime de soi = Succès / prétentions. Cette équation suggère que l’estime de soi est la plus haute lorsque les succès dépassent les prétentions ou aspirations. Nous avons vu qu’une telle fraction peut être augmentée aussi bien en diminuant le dénominateur qu’en accroissant le numérateur. En d’autres termes, les personnes peuvent maintenir leur estime de soi soit en réussissant soit en n’aspirant pas au succès.  Comme le renard de la fable de Jean de la Fontaine« le renard et les raisins » , ils décident souvent qu’ils ne désirent pas les choses qu’ils échouent à atteindre.
Dans la fable, un renard affamé aperçoit sur un long treillis quelques grappes de raisins murs. Bien qu’il ait essayé toutes les choses imaginables, il ne peut atteindre les raisins. Après avoir renoncé à essayer de les obtenir, il s’éloigne en disant «Ces raisins sont de toutes façons trop verts et pas aussi murs que je le croyais». De la même manière que le renard réduit son sentiment d’échec et de désappointement en concluant qu’il ne voulait en aucune façon les raisins, les personnes diminuent l’importance des événements qui menacent leur estime de soi. Le renard a modifié ses inspirations.

Pour protéger les sportifs des menaces contre l’estime de soi, on peut donc altérer l’importance relative des différents buts (les raisins n’étaient de toute façon pas mûrs). Cela peut être atteint en dédramatisant l’importance des échecs afin d’éviter les humiliations, les moqueries des autres. Pour ce faire, on tâche avant tout d’éviter les comparaisons sociales de groupe, en ne privilégiant pas une forme de succès tournée vers l’ego – étroitement définie socialement (être le meilleur, être le premier).  

L’autre option est de changer le niveau particulier des buts, afin de les mouvoir vers des niveaux plus réalistes et plus atteignables. En principe au moins, il doit être plus facile de modifier les buts des élèves que les habiletés dont ils ont besoin pour atteindre ses buts.

Enfin, rappelons que les sentiments que les personnes ont sur eux-mêmes sont fortement sensibles à la manière dont ils pensent qu’ils sont regardés par les autres personnes. Nos évaluations de notre propre valeur sont basées sur les jugements que nous imaginons que les autres font de nous.  En d’autres termes, ce qui façonne en partie notre estime de soi ce ne sont pas uniquement nos réussites objectives, objectivement et directement évaluées, mais c’est aussi le jugement anticipé de ces réussites par les autres personnes. Aussi, l’approbation ou la désapprobation des parents et des entraîneurs est cruciale pour la formation de l’estime de soi chez les jeunes enfants. Les évaluations renvoyées par ces personnes – importantes aux yeux du jeune sportif –  seront particulièrement importantes pour ceux ayant une faible estime de soi. Du fait que leur concept de soi est plus vague et plus incertain, ils semblent être plus sensibles aux feed-back négatifs que les jeunes sportifs ayant une estime de soi élevée.

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