Mais fais donc attention !

La phrase qui tue …

Commençons par un petit jeu ! Ligne après ligne, en UNE SEULE lecture, comptez SEPAREMENT combien il y a d’étoiles, de carrés, de losanges …


Ligne après ligne, en UNE SEULE lecture, comptez SEPAREMENT combien il y a d’étoiles, de carrés, de losanges.

Ça devient vite compliqué hein ? Notre cher cerveau déteste le conflit, on se retrouve perdu entre les 3 formes et le mélange des couleurs… Ici, si on est chronométré on donnera une réponse qui risque d’être plus incertaine encore ou alors on risque de mettre beaucoup de temps.

Par analogie dans le sport, combien d’athlètes se retrouvent – en situation d’entraînement ou de compétition – a devoir gérer des consignes multiples ou floues telles que « concentre-toi » ( sur quoi ???), « fais bien-ci, fais attention à ça, et surtout pense à ça, ok ? » 

Or, pour poser son attention, il faut généralement faire un effort conscient. Il faut avant tout être au clair sur ce qu’on cherche à faire. L’attention n’est pas si facile à maîtriser. Trouver son équilibre attentionnel ; et cela s’apprend en s’entraînant.

« Il est capital de savoir sur quoi il faut porter son attention. Quand on a le sentiment de ne pas bien maîtriser une situation, on essaie de porter son attention sur tout. En se donnant le temps de planifier à l’avance ce qu’il faudra faire, on peut supprimer le risque d’être débordé » (Nideffer et Sharpe, Université de Québec, 1978.)

Et plus on se dirigera vers le haut niveau, plus l’attention doit être travaillée en parallèle avec la technique, le physique, la tactique … Travailler son attention s’intègre aux entraînements. 


Travailler son attention s’intègre aux entraînements. 

Combien de fois, vous êtes-vous dit après un match/concours/compétition « je n’étais pas assez concentré » ? « je vais juste me concentrer sur ce que je sais faire » et ne pas y arriver, ou tout simplement entendre votre entraîneur vous crier dessus « mais concentre-toi ! ». Comme si un simple rappel à l’ordre suffisait pour travailler son attention !

Non ! Ce n’est pas si simple de se re-concentrer et cela se travaille bien en amont de la compétition, à l’entraînement. Pourtant, beaucoup d’entraîneurs et de sportifs reconnaissent que la capacité à se concentrer est un élément clé pour atteindre de bonnes performances. Encore faut-il y accorder du temps et des exercices spécifiques pour l’améliorer. Sans la bonne attention, la technique et la préparation physique acquise à l’entraînement seront insuffisantes.

Prenons l’exemple de Marion Bartoli, en quart de finale du tournoi de Stanford où elle s’est inclinée contre son adversaire Victoria Azarenka. Je m’en souviens car à cette époque je l’intéressais déjà à ces processus attentionnels. Voici comment elle expliqua sa défaite : « C’est difficile de jouer contre quelqu’un qui crie si fort. Crier au moment de l’effort, c’est compréhensible, mais parfois c’est trop et vous n’arrivez plus à vous concentrer ».


Dans le sport, les sources de distraction seront très nombreuses pendant une compétition.

Pourtant Marion Bartoli ne pouvait pas concrètement intervenir sur les « cris » de son adversaire, et en acceptant ce fait, elle devait s’employer à travailler son attention. Dans le sport, les sources de distraction seront très nombreuses pendant une compétition : « les cris des adversaires », « les spectateurs », « les mimiques de l’adversaire » ; « les regards des parents ».  Ainsi, l’attention est fragile et un simple grain de sable suffit à enrayer la machine de la performance.

Il est évident que chaque sportif va être plus ou moins capable de gérer les distractions et que chaque sport aura sa spécificité en termes d’attention.


Si vous étiez à la place de ce joueur de basket, sur quoi porteriez-vous votre attention ? comment vous seriez-vous entraîné ?

Le fonctionnement de l’attention

L’attention est un élément fragile, capricieux et surtout très difficile à définir. Dans l’idée de « faire attention », il y a l’idée de se focaliser sur une chose précise, de ne pas se disperser ou de rester dans sa bulle. On constate que l’attention est surtout la capacité à rester « ici et maintenant », c’est-à-dire de ne pas se laisser envahir par les images et pensées du passé ou du futur.

Évidemment, il y a beaucoup d’éléments sur lesquels porter son attention. On peut porter son attention sa technique, son relâchement, l’adversaire, les sensations du corps, les équipiers, l’équipement, l’environnement …

Dans la littérature, les différents styles attentionnels sont définis en large interne ou externe ou étroit interne ou externe. Ainsi en attention large-externe, on retrouve les co-équipiers, adversaires, le terrain. En large-interne: la tension du corps, les décisions tactiques, les pensées liées au passé. Au niveau étroit-interne: tension musculaire spécifique, battement du coeur, pensées ou émotions personnelles; et enfin en étroit-externe, dans notre exemple tennistique, la balle, la raquette.
La capacité à utiliser tel style attentionnel sera lié à la demande du sport en particulier, même si un individu aura tendance à avoir un style en particulier. Par exemple, en football, un joueur aura besoin d’une attention externe et large pour observer le mouvement de ses adversaires, ainsi que de ses co-équipiers, et ensuite une attention externe étroite quand il manipulera la balle ou lors d’un tir au but.

L’attention est primordiale dans certains sports à risque, où un défaut d’attention devient vite préjudiciable.  Je pense au ski, au sport automobile …  où une réaction rapide est nécessaire car une erreur peut faire dévier de sa trajectoire et ainsi amener à l’accident.  Un plongeur (sautoir de 30 m) qui arrive à 90 km/h dans l’eau s’entraîne-t-il de la même manière en termes d’implication / attention qu’un athlète qui court le 100m ou un joueur de foot. Il semblerait que non car l’exigence de la situation requiert un engagement total. Si on rate un 100m cela n’a pas la même conséquence que de rater un plongeon à 30m.

Dans l’absolu, il faudrait que l’investissement de chaque sportif soit identique toute spécificité respectée mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. « On ne court jamais aussi vite que lorsque l’on a un ours enragé derrière soi » en caricaturant il faut apprendre à se mettre soi-même un ours derrière soi quand il n’y en a pas.

Fort de cet exemple nous pouvons dire que l’implication et l’attention c’est être pleinement engagé, focalisé physiquement et psychiquement dans le présent instantané « ici et maintenant ». Stéphane Limouzin

Gérer les distractions

Pour rester concentré, il faut bien sûr apprendre à gérer toutes sortes de distraction. Quand le sportif parle d’être « dans sa bulle », il fait référence à cet état où aucune distraction interne ou externe ne viendra le perturber au cours de la compétition.

On peut distinguer les distractions internes : demeurer au passé : penser aux erreurs commises, s’inquiéter sur un fait passé / projeter au futur : penser au résultat, aux conséquences alors qu’on est dans l’action / discours interne : se dire des choses spécialement négative / fatigue, anxiété, douleurs /erreurs techniques.

Et les distractions externes : regarder ses parents ou les parties qui se jouent sur le terrain à côté par exemple, écouter ce que disent les supporters, se laisser distraire par un homme en slip qui fait le singe dans les gradins (voir vidéo) …

Chez un sportif, on peut particulièrement détecter les sautes d’attention quand il n’arrive plus à maintenir son niveau d’effort, quand il montre des signes de frustration ou de colère, quand il rate des opportunités faciles ou prend des mauvaises décisions.La capacité à se re-concentrer après une distraction externe ou interne sera la clé d’une performance réussie. 

Développer son attention

Les stratégies pour améliorer son attention dépendent du sport pratiqué et il appartient à l’entraîneur de développer des exercices spécifiques qui pourront aider lors des compétitions

  1. Tout d’abord, on peut établir des objectifs avant chaque compétition ou chaque session d’entraînement. On peut améliorer son attention en se focalisant sur l’objectif. La plupart du temps, le sportif se focalise sur le temps, les points, le classement, la réussite ou défaite et ne se concentre pas assez sur un objectif mental à atteindre. Dans beaucoup de cas, le « lâcher prise » par rapport aux enjeux de la compétition, et l’attention sur un objectif de processus  “appliquer ma routine à la lettre”, « poser 2 grandes cycles respiratoires avant chaque service », …  permettrait d’adapter l’attention sur ce paramètre. Il est évident que ceci nécessite un vrai travail de réflexion sur les objectifs à mettre en place et demande parfois quelques compétitions pour être opérationnel totalement.

On peut améliorer son attention en se focalisant sur l’objectif. De l’importance de bien le choisir !

2. Développer des routines pendant l’entraînement peut également être un moyen efficace pour garder son attention bien positionnée. Par exemple, en golf, un joueur peut développer une routine de concentration en faisant un exercice de respiration. Lorsque tout va bien, en général cette routine est respectée, mais lorsque les coups sont ratés, que le score n’est pas satisfaisant et que la colère monte, cette routine a tendance à être zappée. Se forcer à se concentrer sur cette routine peut aider à renforcer son attention et se focaliser sur le présent. Il appartient aussi à chaque sportif de choisir parmi les routines celles qui fonctionnent le mieux en compétition. Le fait de travailler sur des routines mentales à l’entraînement permet ensuite de les appliquer lors des passages à vide dans la compétition.

3. Préparer son discours interne et rester au présent. Soyez attentifs à vos pensées et aux émotions qu’elles génèrent. Vous allez en prendre conscience différemment et cela vous permettra de reprendre les commandes de votre attention. En calmant le flot de vos pensées vous redirigez votre attention vers vos objectifs. Des tests démontrent que le simple fait de penser à des verbes d’actions, engendre une activation des aires cérébrales qui préparent l’activation des gestes associés.



Plus vous allez solliciter l’esprit, plus le corps va suivre … Bon entraînement ! Bon match !

2 réponses sur “Mais fais donc attention !”

  1. Excellent article, qui pourra amener les formateurs à ajouter un thème supplémentaire, pas en plus mais un autre dans les séances d’entraînement habituelles.

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