Je me crois capable de marquer ce penalty

Suis-je bon ? Suis-je capable de réussir ?
Dans la vie sportive il existe une grande diversité de questions sur le « soi ». Toutes ces variables convergent vers une seule : l’image que l’individu peut avoir de lui-même, les croyances qu’une personne a sur elle-même : ses forces, ses faiblesses, son jugement + et -.

Certains sportifs ont une croyance (image) élevée, d’autres une croyance (image) faible en leurs capacités à être en réussite dans telle ou telle activité ou tâche.

Les perceptions de soi sont super importantes pour la performance sportive ! Si je ne me crois pas capable de marquer ce penalty les chances que je le marque vont-elles être identiques à celles que j’aurais si je m’en sentais capable ? La réponse est clairement NON.

Je me sens capable (ou pas) de marquer ce penalty

Notons bien ce mot « croyance » : il s’agit bien d’une perception , d’un sentiment , d’une interprétation subjective de la réalité. Ces perceptions/sentiments/ interprétations subjectives de la réalité peuvent être réalistes ou irréalistes. Mais dans un cas comme dans l’autre, elles ont un impact sur nos comportements. C’est le sentiment d’efficacité = ce qu’on pense être capable de faire dans une situation donnée.Est-ce que j’ai les capacités de réussir 80% de mes premiers services au tennis ?

L’estime de soi (sentiment global de valeur et d’amour de soi) peut aussi s’y apparenter. C’est une attitude d‘approbation ou de désapprobation de soi-même. Cela indique le degré selon lequel l’individu se croit lui-même capable, en pleine réussite, digne, … C’est une sorte de jugement personnel de mérite. Je fais partie des meilleurs élèves de mon équipe de volley.

Il existe une influence réciproque entre l’estime de soi globale (je fais partie des meilleurs de mon équipe) et le sentiment d’efficacité (je suis capable de réussir ce geste). Ces visions sur soi évoluent tout au long de la vie.

Nous nous estimons exactement d’après ce que nous prétendons être et prétendons faire; le rapport qu’il y a entre les résultats que nous obtenons et ceux que nous pensons pouvoir obtenir mesure notre valeur. Cela nous donne une fraction dont nos prétentions fournissent le dénominateur et nos succès le numérateur.

Une fraction dont nos prétentions fournissent le dénominateur et nos succès le numérateur

L’entraîneur doit travailler sur cette fraction en cherchant à augmenter le résultat de celle-ci; soit en diminuant le dénominateur soit en augmentant le numérateur.
Voici deux pistes pour faire évoluer dans un sens positif le concept de soi sportif.

Piste 1 : travailler sur les buts de maîtrise et les buts de résultats ou buts compétitifs 

Maîtriser la tâche ou être meilleur que les autres ?

Les buts de maîtrise, d’apprentissage, de résolution de problèmes, de meilleure compréhension des choses peuvent procurer un sentiment de compétence. Les questions que l’individu se pose : ai-je progressé dans le temps? Ai-je appris?
Le sentiment de compétence repose sur des critères personnels et sur un processus de comparaison temporelle.
Avec un but de maîtrise, les individus pensent que plus ils font des efforts, plus ils apprennent : effort et compétence « co-varient ». L’impression d’avoir donné son maximum procure un sentiment de compétence.

Avec un but de résultat (compétitif), progrès et maîtrise personnelle peuvent ne pas suffire pour se sentir compétent. Certains ont besoin de faire la démonstration qu’ils sont les meilleurs.
Il y a but de résultat chaque fois que l’individu est préoccupé par son positionnement par rapport aux autres (on parle de but orienté vers l’ego). Par exemple quand il veut faire mieux que ses co-équipiers. Le sentiment de compétence repose ici sur des critères externes (la perf. des autres) et sur un processus de comparaison normative. Les questions que l’individu se pose : où est-ce que je me situe par rapport à la norme? Suis-je bon? Suis-je ridicule?

Divers travaux scientifiques démontrent l’intérêt pour l’entraîneur de mettre en évidence la complémentarité de ces deux types de buts plutôt que de les opposer. Même si il est préférable de fixer des buts de maîtrise aux élèves, il ne faut pas nier que le sentiment d’être bon dans une activité a des effets bénéfiques sur l’investissement de l’élève. Mais il apparaît plus pertinent de renforcer l’état d’implication dans la tâche afin de modérer les effets dévastateurs potentiels d’un état d’implication de l’ego élevé.

Piste 2 : travailler aux entraînements en mode collaboratif et non compétitif : l’exemple de l’ « Effet Gros poisson – Petit bassin »

« ... à compétence identique un élève qui se compare à des élèves meilleurs que lui, tend à percevoir ses habiletés comme étant plus faibles ; à l’inverse celui qui se compare avec des élèves moins bons a un concept de soi sportif supérieur » (Marsh et Parker, 1984).

Souvent dans les clubs et les fédérations, les jeunes sont regroupés par force : groupe élite, groupe espoir. Tous ces jeunes deviennent alors de gros poissons, rassemblés dans un petit bassin.

Les jeunes des groupes « élites » deviennent de gros poissons, rassemblés dans un petit bassin.

Etre un gros poisson, cela stimule !
Pour chaque jeune repris comme tel éclot un sentiment fort d’appartenance à un groupe élite, renforcé par un uniforme, un logo, des stages, des photos de ce groupe partagées sur les réseaux sociaux, sur les sites internet etc. C’est ce qui est appelé dans la littérature le « glory effect », l’effet de gloire. Ce « glory effect » va doper le sentiment de compétence : « C’est la gloire, je suis repris dans le groupe des élites ; c’est donc que je suis bon ». Le jour-même de la sélection, le sentiment de compétence augmente. Et je parle bien ici de sentiment, de croyance. Avec un sentiment de compétence renforcé, la motivation sera dopée, l’envie et l’intensité à l’entraînement seront augmentées, … Et c’est super important. Car avoir un sentiment de compétence dans un domaine, c’est croire en soi, croire qu’on va réussir.

MAIS !!!! Etre un gros poisson dans un petit bassin où nagent d’autres gros poissons incite toujours à la comparaison interpersonnelle avec souvent meilleur que soi (comparaison plus ou moins forte suivant le type d’encadrement).

Un exemple avec de jeunes gymnastes regroupés en groupes d’entraînements.
Au début de l’expérience, ont été mesurés pour chacun des gymnastes le sentiment de compétence X (déclaré par chacun) et leur compétence objective Y (mesurée par 3 spécialistes en la matière). Les gymnastes ont alors été répartis dans différents groupes d’entraînement de manière aléatoire.

Un exemple avec de jeunes gymnastes regroupés en groupes d’entraînements

Après 3 mois d’entraînement, leur compétence objective (donnée par les 3 mêmes experts en gym) était pour tous augmentée. Mais les jeunes qui s’étaient retrouvés dans des groupes où ils n’étaient pas les meilleurs ont ressenti un sentiment de compétence moindre que 3 mois auparavant (alors qu’objectivement ils étaient meilleurs d’après les tests des experts). Objectivement donc, ils avaient fait des progrès, ils étaient meilleurs qu’auparavant, mais du fait qu’ils se soient comparés pendant 3 mois à plus forts qu’eux, ils se sentaient moins bons : leur sentiment de compétence était diminué.

Bien qu’il n’existe pas de travaux sur l’effet Gros poisson – Petit bassin avec les athlètes de haut niveau, il n’est pas impossible que les pratiques qui consistent à regrouper les meilleurs éléments d’une région, d’un pays aient des conséquences négatives sur le sentiment de compétences de certains (les plus faibles des meilleurs). Et un sentiment de mauvaise image de soi peut avoir un impact sur les performances. Puisque contrairement à celui qui part en compétition avec un bon sentiment de compétence (je sens que je suis fort), celui qui part avec un mauvais sentiment de compétence (je me sens nul) part évidemment incertain quant à sa future prestation, son résultat.

Les entraîneurs doivent prêter attention à ce risque et prendre des précautions :
– inciter les athlètes repris dans ces groupes à la comparaison personnelle en donnant des feedbacks sur les progrès personnels (travail par objectifs de maîtrise)
– stimuler le sentiment d’appartenance à un groupe d’élite (glory effect), car ce sentiment dope le sentiment de compétence.

A noter !! L’effet négatif apporté par la comparaison dans un groupe où on se situe dans les moins bons est plus fort que le glory effect. Le glory effect aura une durée de vie plus courte que la chute du sentiment de compétence.

A l’entraînement, travaillez dans un climat de coopération (insister sur les progrès personnels, la maîtrise et l’entraide) ; n’y mettez pas un climat de compétition (classement sur chaque exercice, accent sur la comparaison sociale vers les meilleurs). Ne rajoutez pas de compétition entre les joueurs, ne faites de comparaison, n’organisez pas trop de petits concours, de classement final … Un seul va se sentir enorgueilli pour 10 qui vont se sentir moins compétents.

Un seul va se sentir enorgueilli pour 10 qui vont se sentir moins compétents

Si vous ne faites pas partie des meilleurs de votre groupe d’entraînement, faire des comparaisons avec les autres va diminuer votre sentiment de compétence.

Ce sentiment de se comparer aux autres est universel mais est anxiogène. Musclez votre cerveau autrement. Travaillez avec des objectifs de maîtrise ! Ayez un plan de travail dans votre tête. Comparez vos performances et vos progrès dans le temps. Demandez des feedbacks par rapport à vos objectifs à votre entraîneur.

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