Nos attitudes face aux succès et échecs sportifs

« En compétition, il y a toujours un premier et un dernier, mais l’important est de ne pas être le second de soi-même » – Louis Fernandez-entraîneur de football.

L’un des buts prioritaires dans le sport ou à l’école est de démontrer à soi-même et aux autres des compétences élevées et d’éviter de faire preuve d’incompétence. Il s’agit d’un des 3 besoins fondamentaux de tout sportif (Les 3 besoins fondamentaux : compétence, autonomie, appartenance )

Selon les individus, il y a deux façons de s’attribuer le succès, de se sentir compétent ; ces différences proviennent à la fois de la personnalité et du contexte. On parle d’ « orientations d’accomplissement » … vers la maîtrise « En sport, je me sens particulièrement en réussite quand je fais des progrès » ou vers l’ego « En sport, je me sens particulièrement en réussite quand je domine les autres ».

« En compétition, il y a toujours un premier et un dernier, mais l’important est de ne pas être le second de soi-même » – Louis Fernandez-entraîneur de football

Les premiers pensent démontrer leur compétence quand ils maîtrisent une tâche, quand ils ont appris ou progressé. Le sentiment de compétence repose sur des critères personnels  (sa propre performance) et sur un processus de comparaison temporelle. L’athlète perçoit l’effort comme un moyen d’atteindre le but fixé, il voit le résultat comme une réussite lorsqu’il maîtrise la tâche, indépendamment du résultat des autres. Les erreurs et les obstacles sont non-menaçants. On parle alors de buts de maîtrise, de buts orientés vers la tâche. Les questions que l’individu se pose : ai-je progressé ? ai-je appris ? Avec un but de maîtrise, les individus pensent que plus ils font des efforts, plus ils apprennent : effort et compétence « co-varient ».

Pour le parent et/ou l’entraîneur qui valorise ce type de but, l’apprentissage et le développement de l’intérêt, de la curiosité et du goût d’apprendre de l’enfant constitueraient les aspects les plus importants à faire valoir.

Progrès et maîtrise personnelle peuvent ne pas suffire pour se sentir compétent. Certains ont besoin de faire la démonstration qu’ils sont les meilleurs : ils sentent alors en réussite quand ils peuvent démontrer une compétence supérieure aux autres. On parle alors de buts impliquant l’ego. Lorsqu’un athlète s’oriente vers l’ego, il se focalise sur la comparaison sociale. Il considère son engagement réussi lorsqu’il réalise une performance supérieure à celle des autres, ou une performance identique avec moins d’effort fourni. Effort et compétence varient en sens inverse. Les erreurs sont menaçantes et interprétées comme des jugements sur la compétence : rencontrer l’échec malgré l’effort est signe de moindre compétence. Les questions que l’individu se pose : où je me situe par rapport à la norme ?  Suis-je bon ? Suis-je ridicule ? Avec un but impliquant l ’ego, le sentiment de compétence repose sur des critères externes (la performance des autres), et sur un processus de comparaison. Avec ce type de but, on peut avoir appris et ne pas se sentir compétent parce qu’on reste en dessous de la norme.

Quelles sont les raisons qui font que le jeune athlète poursuive tel ou tel but ?

Quelles sont les raisons qui font que le jeune athlète poursuive tel ou tel but ? Ces orientations seraient le résultat des expériences du sportif. Les feedback apportés par les parents et les entraîneurs, par exemple, contribuent à façonner la « personnalité ». Quelle est l’attitude des parents face à un succès ou un échec sportif ? De quelle manière encouragent-ils ? Quels sont les éléments importants à leurs yeux dans une situation sportive ? Comment les entraînements organisent-ils leurs entraînements ? Lors de compétitions sportives mais aussi des entraînements, la réaction des adultes face à la performance accomplie permet aux enfants de découvrir ce qui est préféré, récompensé, apprécié. En mettant l’accent sur des aspects particuliers de la performance sportive, les parents/entraîneurs expriment clairement leurs préférences et leur conception de la réussite sportive ; ce qui peut influencer l’attitude des enfants par rapport à leur pratique. Notons enfin que d’emblée les garçons auront tendance à aller spontanément vers l’ego et les filles vers la maîtrise.

Dans les entraînements …

Un but impliquant l’ego a plus de chance d’être induit quand les tâches sont présentées comme des tests (faisant référence à des normes), dans un contexte de compétition avec classement à la clé, dans toutes les situations qui augmentent la “ conscience de soi ”. Les mini-compétitions répétitives au sein du groupe d’entraînement peuvent avoir un effet nocif sur la motivation des élèves, en particulier chez ceux qui perdent souvent, et chez ceux qui la vivent comme une «contrainte» (une pression).

Les mini-compétitions répétitives au sein du groupe d’entraînement peuvent avoir un effet nocif sur la motivation des élèves

Un but de maîtrise a plus de chance d’être induit par des contextes qui offrent des tâches de niveau de difficulté adapté aux possibilités de chacun, par des feed-back qui insistent sur l’investissement et les progrès, quand on réduit tout ce qui peut miner l’apprentissage en lui-même (récompenses, punitions, etc.).

On le constate, ces deux systèmes de croyances ont des implications différentes. D’après Cury et Sarrazin (2005), les enfants fortement orientés vers la maîtrise considèrent l’habileté sportive comme quelque chose d’instable, de susceptible de s’améliorer en fonction des apprentissages. Les enfants fortement orientés vers l’ego considèrent l’habileté sportive comme quelque chose de stable et liée au don : cela augmente les risques d’anxiété et de mécontentement dès que les difficultés apparaissent. Le bénéfice pour soi qu’offre l’atteinte d’un but de maîtrise est peut-être moins élevé que dans un but de performance, mais la menace associée à l’échec dans un but de maîtrise est aussi moins élevée. Le climat de maîtrise et l’orientation vers la tâche représentent le lien le plus favorable pour l’apprentissage. Cela optimise également la motivation.  Nicholls (1984) souligne que les buts orientés vers la tâche favorisent l’adaptation et la responsabilisation. Ces buts génèrent des processus motivationnels permettant à l’athlète de fournir des efforts de manière plus solide, constante et constructive, quel que soit le niveau de compétence perçu.

Si la démonstration de la compétence peut se faire de deux manières différentes, les recherches montrent que les sportifs parvenant au plus haut niveau sont ceux qui parviennent à coordonner ces deux manières de démontrer leur compétence

Si la démonstration de la compétence peut se faire de deux manières différentes, les recherches montrent que les sportifs parvenant au plus haut niveau sont ceux qui parviennent à coordonner ces deux manières de démontrer leur compétence. Les situations qui intensifient la prise de conscience d’une évaluation sociale (comme la compétition) provoquent un état d’implication de l’ego. En compétition, être engagé dans les deux types d’orientations (tâche et ego) est très bénéfique. Cela signifie que l’on peut être fortement ou faiblement orienté vers chacun des buts ou alors que ces deux orientations peuvent être poursuivies en même temps.

Quelques pistes …

– Au cours de l’apprentissage,  orienter l’enfant vers la tâche et ce, quel que soit son niveau d’orientation vers l’ego ; récompenser l’effort fourni ou l’atteinte d’un objectif et non seulement les résultats. Dans ce sens, demander à son enfant s’il a amélioré sa précédente performance dans un secteur de jeu particulier (as-tu réussi à dribbler plus rapidement ? as-tu pu tester la nouvelle phase de jeu entraînée ? » avant de demander « as-tu gagné ? as-tu battu Delphine ? ». Ces deux types de questions sont naturels mais véhiculent des messages différents sur les éléments importants de son expérience sportive.

–  Féliciter sincèrement l’enfant qui acquiert ou maîtrise de nouvelles habiletés physiques, techniques, comportementales, etc. en reconnaissant la progression et les efforts de l’enfant

– Choisir des activités pour lesquelles les élèves estiment avoir une marge de progression importante : leur fixer des buts exigeants qui présentent un défi personnel.

– Dans toutes tâches proposées – même les plus routinières comme « faire 3 tours de terrain » – l’élève doit percevoir des opportunités d’apprendre quelque chose. Il est important que les élèves identifient ce que peut leur apporter une activité.

– Donner des feedback sur les progrès réalisés. Un rôle fondamental de l’enseignant est de permettre à l’élève de se situer dans ses apprentissages (Feedback constructif et apprentissage).  Il faut encourager les élèves à voir l’apprentissage comme quelque chose de gratifiant, qui produit de la satisfaction personnelle, et qui enrichit sa vie (même si au bout du compte on ne fait pas partie des meilleurs).  Insister sur l’effort et le progrès réalisé vs. la performance normative ou la note et dédramatiser l’erreur … qui fait partie du processus d’apprentissage.

Progresser est l’objectif; gagner une conséquence

Progresser est l’objectif ; gagner une conséquence.

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