Pourquoi un bon feedback est-il si important ?

Parce qu’un feedback positif augmente le sentiment de compétence d’un individu.

Parce qu’avec un sentiment de compétence renforcé,  la motivation (intrinsèque) va s’améliorer.

Parce que la motivation étant le moteur de nos actions, le feedback positif va favoriser l’apprentissage.

Les enfants auxquels leurs parents et entraîneurs répètent qu’ils ont du talent sont beaucoup plus confiants et beaucoup plus motivés

Au cours de l’article précédent, nous avions vu que le feedback avait une double fonction : il sert à informer/corriger et à motiver. Si la première fonction est essentiellement du ressort des entraîneurs (Feedback constructif et apprentissage), la deuxième s’adresse tant aux entraîneurs qu’aux parents. Il est important de se questionner sur le feedback à employer.

De nombreux auteurs indiquent que la perception qu’ont les enfants concernant leurs propres capacités et compétences est directement liée à celle des parents concernant le talent de leur enfant dans un sport. Ils montrent aussi que les enfants auxquels leurs parents et entraineurs répètent qu’ils sont doués sont beaucoup plus confiants et beaucoup plus motivés ; ils acquièrent à la fois persévérance et détermination. L’amélioration de la confiance en soi se fait en mettant l’accent sur les forces plutôt que sur les faiblesses. Il s’agit de la persuasion verbale, signalée par Bandura, comme étant un des quatre éléments essentiels au développement de l’auto-efficacité. C’est donc un message verbal qui laisse penser que l’athlète est compétent (« magnifique volée, Marc ») ou pas (« la gymnastique artistique, ce n’est vraiment pas pour toi, Sylviane ! »).

Les enfants, d’autant s’ils sont plus jeunes, vont fréquemment utiliser les réactions et les avis parentaux pour juger de leur performance et de leur niveau sportifs.

Les enfants, d’autant s’ils sont plus jeunes, vont fréquemment utiliser les réactions et les avis parentaux pour juger de leur performance et de leur niveau sportifs

D’après Bois (2012), il est difficile pour l’enfant de moins de douze ans d’utiliser des informations objectives pour évaluer son niveau. Plusieurs travaux montrent que les enfants de 8 à 11 ans utilisent les sources d’informations venant des adultes pour évaluer leur compétence sportive, plutôt que des indicateurs objectifs de performance. L’interprétation des résultats par les parents est donc fondamentale à cet âge. Les parents occupent donc une place importante quant à la construction du sentiment de compétence de leur enfant. L’approbation ou la désapprobation des parents est cruciale pour la formation de l’estime de soi chez les jeunes enfants. Il n’y a pas de développement de la confiance en soi sans un feedback adéquat.

Il en va de même avec le feedback des entraineurs : « Je dois être capable parce que l’enseignant pense que je le suis ». Les individus en viennent souvent à se considérer eux-mêmes tels qu’ils sont vus par les autres : un feedback positif va permettre à l’individu qui le reçoit de croire qu’il est compétent.  Toutes les études indiquent que les sujets ayant reçu des feedback positifs de leur entraîneur étaient plus motivés que ceux qui n’en ont pas obtenus.

Toutes les études indiquent que les sujets ayant reçu des feedback positifs de leur entraîneur étaient plus motivés que ceux qui n’en ont pas obtenus.

Un parent ou un entraineur qui souligne la qualité du travail d’un enfant facilite le développement du sentiment d’efficacité et donc de la confiance en soi. En cas de difficultés, il sera donc plus facile de maintenir un sentiment d’efficacité si les parents (et entraineurs) expriment à l’athlète leur confiance en ses capacités. Attention cependant, trop de confiance en soi crée le risque et entraine dès lors des erreurs inhabituelles. La confiance en soi excessive peut également faire croire à l’individu que la compétition est gagnée d’avance et limite tout effort de sa part. Le point d’équilibre, la confiance en soi optimale, se situe entre le manque et l’excès : ni trop, ni pas assez.

Le feedback n’est pas uniquement verbal ; il peut aussi être non-verbal : les démonstrations de dépit, d’agacement, d’anxiété sont autant de signes négatifs renvoyés au joueur qui recherchera du réconfort et un regard sécurisant. Cela inclut aussi le fait d’accompagner ou non l’enfant aux entrainements, de participer ou pas à des réunions, à payer ou non le matériel nécessaire, etc.

On le constate : un soutien et un encouragement parental constants semblent très importants ; et cela semble valable à chaque état de la carrière. Reste à trouver le bon équilibre : une étude de Lewthwaite et Scanlan (1986) signale que les parents surinvestis dans la pratique de leur enfant favorisent le développement d’une anxiété précompétitive chez les jeunes sportifs. Ce surinvestissement peut prendre la forme d’une attention exagérée aux besoins de l’enfant, une implication extrême ou encore une protection élevée. Les parents doivent donc apprendre et apprendre à leur enfant à relativiser les résultats.

Le soutien et l’encouragement parental sont très importants ; et cela semble valable à chaque état de la carrière.

Quelques pistes pour aider les parents …

– Avant toute communication, assurer une présence aimante.

– Inviter à l’échange et à l’action. Puisque l’intention est constructive, le feedback ne peut s’arrêter à l’énoncé de faits; il doit ouvrir sur un échange et une mise en action visant à soutenir l’autonomie de l’enfant : laisser la parole à l’enfant, ouvrir le dialogue et inviter à agir : « qu’en penses-tu ? », « j’aimerais avoir ton sentiment sur ce sujet ».

Avant de communiquer, se placer dans une belle disposition d’esprit : avoir l’intention consciente d’être positif, constructif. Aider l’enfant à exprimer ses émotions. Trouver les mots, trier les informations à communiquer et les formuler de manière positive.

Reconnaître les émotions de l’enfant au sortir d’une compétition et se demander ce que l’enfant attend, veut … de ses parents. Quel que soit le résultat lui rappeler que ses parents l’aiment, s’assurer qu’il s’amuse, qu’il apprenne, qu’il respecte et qu’il soit respecté.

– Féliciter, valoriser, encourager, souligner les réussites et les progrès

– Identifier avec les enfants les facteurs qui les ont aidés à réussir : cela leur permet de renforcer ces manières de faire et de les réutiliser à l’avenir.

– Mettre en avant les succès positifs antérieurs. Les succès antérieurs ont un effet bénéfique sur la confiance en soi et le désir de pousser plus loin son apprentissage. La confiance en soi dépend très fortement de la mémoire des résultats antérieurs obtenus dans des situations similaires. Lorsque les sportifs les retrouvent dans leur mémoire, cette information contribue à un sentiment ultérieur de confiance (ou de doute, en cas de résultats décevants) qui peut ainsi influer sur les performances. Connaître le succès peut venir via un processus d’accumulation (de petits succès successifs permettant d’obtenir un capital de confiance élevé) ou par un déclic sur une compétition (une expérience forte de victoire).

– Pour tout le feedback technique, faire confiance à l’entraineur de son enfant et lui laisser la place.

« Il n’y a pas de place pour la critique sur le terrain d’entraînement. Pour un joueur – et pour n’importe quel humain – il n’y a rien de mieux qu’entendre « bien joué ». Ce sont les deux meilleurs mots jamais inventés en sport. Vous n’avez pas besoin de superlatifs».  Sir Alex Ferguson, entraîneur le plus couronné de l’histoire du championnat anglais avec treize titres, anobli en 1999 par la reine Elisabeth II pour les services rendus au football britannique.

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