[Récits de sportifs] – Alexandra Tondeur, une triathlète ‘de fer’

Quelle belle rencontre que celle de cette triathlète professionnelle de 30 ans. Une jeune femme simple et multiple, enthousiaste et mesurée, fascinante et organisée.

Bonjour Alexandra et merci d’avoir accepté cet entretien. Pourrais-tu te présenter ? Qui es-tu ?

Déjà toute petite j’avais le sport et la compétition dans la peau. Toujours j’ai su que je voulais devenir sportive professionnelle … ou vétérinaire. A 6 ans je faisais mes premières compétitions en équitation, puis plus tard ce fut le tennis. Mais c’est à l’université à Louvain-la-Neuve, lors de mon Master en Education Physique, que j’ai découvert le triathlon. Je n’ai pas fait directement le choix de m’y consacrer totalement. J’ai commencé par courir, j’ai participé à quelques courses sur le Challenge du BW et ensuite j’ai voulu me mettre plus de défi. Et plus que tout, je voulais faire de la longue distance.

Francfort 2017 (vice-championne d’Europe)

Avant d’aller plus loin, peux-tu nous expliquer en quoi consiste cette discipline ? Le grand public commence à connaitre le triathlon via les  JO, mais également l’Ironman. Peux-tu nous expliquer très succinctement leur différence.

Le triathlon est repris au programme olympique depuis les Jeux de l’an 2000 à Sydney dans sa version courte (1,5 km de natation, 40 km de vélo, 10 km de course à pied). Il y a ensuite le triathlon longue distance (70.3 miles) aussi appelé Ironman 70.3 : 1,9 km de natation – 90 km de vélo – 21 km de course à pied et enfin, l’Ironman (Homme de fer en français) : 3,8 km de natation – 180 km à vélo – 42 km de course à pied … soit un total de 226 kilomètres ! Cette appellation est associée au triathlon Ironman d’Hawaï originel créé en 1978 par John et Judy Collins qui est, depuis 1990, le championnat du monde d’Ironman.

Revenons à toi alors

En 2010 je connais mes premiers succès, je décide de devenir professionnelle et je signe mon premier contrat avec l’ADEPS en 2011. Je m’engage alors sur les compétitions du circuit de la Fédération internationale de triathlon (ITU) mais hélas, je dois rapidement  réduire mes engagements en 2011 et 2012 en raison d’une blessure à l’épaule qui me pénalise en natation. Cette blessure signe un coup très dur : perte du contrat avec l’ADEPS en 2012 vu le manque de résultats en 2011, pas de sélection pour les JO de Londres, arrêt de la natation … Une période très difficile ; une remise en cause du projet de vie.

En 2013, je dois prendre une décision : « que veux-tu faire Alexandra ? » Si je choisis de relancer ma carrière sportive, je dois m’en donner les moyens. Et c’est ce que j’ai fait.

Je reprends alors doucement la natation ; c’est très dur, j’ai grossi, j’ai perdu ma forme au point qu’au début nager 50 m me semble un exploit. Mais je m’accroche, je suis un programme d’entraînement technique et physique impressionnant. En 2014, je commence des compétitions sur le triathlon longue distance et en 2015, je vis une année de progression intense avec plusieurs succès et  je signe un nouveau contrat avec l’ADEPS.

Depuis 2015, nouveau contrat ADEPS

Suite à une année 2017 où j’ai participé à 4 Ironman, je sens que cette année, mon corps doit en faire moins. Pour 2018, les objectifs demandés par l’ADEPS sont un top 3 au championnat d’Europe et un top 8 au championnat du monde sur les triathlons 70.3.  Je vais m’y atteler, ce sont deux beaux défis, mais ce qui me motive, moi, c’est de gagner des courses. On ne se souvient pas du n°2. Qui sait que j’ai obtenu le titre de vice-championne d’Europe de la distance début juillet 2017 à Francfort ?

C’est incroyable ce que tu as vécu ! « Anything is possible », cette devise des Ironmen, tu l’as fait tienne ?

Oui … et non. En fait, quand tu te fixes un objectif, tu vas évidemment avoir envie de l’atteindre mais physiologiquement, psychologiquement, on a tous des limites. Mais cette petite phrase, c’est aussi une manière d’appréhender la compétition ou l’entraînement … et ce, qui que tu sois. Si tu le décides et que tu te donnes les moyens de te préparer intelligemment, tu es capable de terminer une course. Peut-être pas en moins de 11h, mais la terminer, oui.

Pourquoi as-tu choisi le triathlon ?

J’aime le triathlon (surtout longue distance) parce que les disciplines proposées sont 3 disciplines d’endurance et sont complémentaires.  Il y a donc de la variété dans la pratique sportive : faire des choses différentes m’aide à me recentrer. J’aime aussi parce que c’est difficile ; il faut être un véritable sportif pour réaliser de telles courses.

Je m’entraîne 30h/semaine : 5 séances de natation, 5 séances de vélo, 4 ou 5 séances de course à pied, 3h de musculation et 1h de stretching/jour.

Entrainement marathon 2017

Tu privilégies donc la distance la plus longue. Quelles sont les qualités nécessaires ? Pourquoi ?

Première qualité : avoir de l’endurance physique. Mais aussi et surtout il faut une grande force psychologique pour repousser ses limites, constamment. Tout au long de ces heures, tu passes par des moments difficiles où tu vas tellement loin dans ta tête … Quand tu déposes ton vélo après avoir roulé 180 km et que tu te dis que tu pars faire un marathon … tu dois être fort !

Comment fais-tu ?

Je mets un maximum de contrôle sur tout ce que je fais et sur tout ce que je pense. Par exemple en natation, je pense à mon déroulé d’épaule, en course, au placement de ma hanche ou de mon genou, à vélo, à mon rythme pour pouvoir récupérer de ma natation, etc. Je dois rester de nombreuses heures concentrée. Parfois évidemment, mon esprit switche, mais je dois le ramener à ce que je fais, retrouver une nouvelle bulle d’attention. Je ne peux pas faire durer ces moments de déconcentration. Si je me déconcentre,  mon pied va être moins bien placé, mon épaule sera moins relâchée, …. Je vais donc faire des mouvements moins économes  et  je brûle mes cartouches.  L’intensité d’effort est tellement incroyable que je dois absolument éviter toute dépense énergétique superflue.

Pour que tu comprennes bien, imagine qu’on te donne 50 € en monnaie au départ du triathlon. A chaque faute de déconcentration, tu donnes quelques cents ou quelques euros si la faute est plus importante. A un moment tu as perdu tes 50 € et là tu t’arrêtes, c’est fini.

A chaque faute de déconcentration, tu donnes quelques cents ou quelques euros. A un moment tu as perdu tes 50 € .. et tu dois t’arrêter.

Tu dois vraiment bien te connaître alors !

Oui, tout à fait. En compétition, tu ne te bats que face à toi-même ; pas les autres. Je dois avouer que c’est aussi pour cela que je préfère la distance Ironman. Car sur cette distance, tu es obligé d’aller au bout de tes limites (mentales et physiques) et cela permet de vraiment bien apprendre à te connaitre…. Sur l’Ironman, il faut vraiment partir dans l’esprit de vouloir faire SA course.

Et c’est en cela que le triathlon est une discipline où la maturité est tardive. Il faut se connaître mentalement bien sûr, mais aussi physiquement : savoir jusqu’où on peut aller physiquement, comment avancer tout en veillant à l’économie de ses forces pour terminer le challenge. Et puis, cela reste un sport traumatisant : on demande beaucoup, énormément à notre corps ;  la charge d’entraînement est énorme. Un jeune en construction ne pourrait le faire.

Tu sembles être portée par un positivisme incroyable. D’où te vient cette force?

Les difficultés dont nous avons parlé en début d’entretien m’ont je pense aidée. Ces deux années de galère m’ont rendue plus forte. Et puis si on démarre dans le négatif, la spirale négative va vite s’emballer. Autant y couper court tout de suite.

Luxembourg 2017

Et comment vis-tu l’après-triathlon, l’après Ironman ?

Après chaque Ironman, je vis une espèce de blues, un état de grand vide, qui dure plusieurs jours. Ceci est d’autant plus fort que la compétition est rude : donc plus fort après un Ironman qu’après un triathlon longue distance.

Et si ma performance est bonne, je peux assez vite me remettre sur un nouvel objectif (autre que compétitif), quelque chose de sympa qui m’apporte du positif. Faire des choses pour moi. Mais je me rends compte aussi que je ne parviens pas à profiter de ma victoire. Par contre, si ma performance est moins bonne et que je suis moyennement contente, directement je veux préparer ma compétition suivante. Je ne prends pas le temps de me reposer : ni la tête, ni les jambes, ni les bras. Je veux directement attaquer mon nouveau plan d’entraînement.

A propos d’objectifs, quels sont tes prochaines échéances ?

Je vais commencer officiellement ma saison fin avril en Espagne même si je ferai deux petites courses déjà avant. Pour le reste de la saison, je suis occupée à la préparer. Je sais déjà que je participerai à l’Ironman de septembre en Italie afin d‘essayer d’y gagner ma qualification pour l’Ironman d’Hawaï en octobre 2019.

Merci Alexandra d’avoir partagé ton aventure de triathlète !

Beaucoup de succès à toi !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.