[Récits de sportifs] – Joachim Gérard et Marc Grandjean : regards croisés sur un tandem d’exception (1)

Bonjour Joachim. Merci d’avoir accepté l’invitation à cette interview un peu particulière puisqu’elle s’intitule « regards croisés ». Je propose que tu nous présentes ton entraîneur, Marc Grandjean. Et dans un prochain article, c’est lui qui nous aidera à mieux te connaître toi (Marc Grandjean nous présente Joachim Gérard)

Depuis combien de temps joues-tu au tennis ? et en compétition ?

Cela fait 16 ans que je joue au tennis et j’ai très rapidement démarré les compétitions au niveau national puis international, même si c’était dans des tournois secondaires, évidemment. Aujourd’hui je suis deuxième joueur mondial.

Comment Marc est-il devenu ton entraîneur ?

Marc est mon entraîneur depuis 11 ou 12 ans. Notre collaboration a démarré au cours de l’été 2005 ou 2006 ; je ne m’en souviens plus. Je l’ai rencontré grâce au papa de Mike Denayer. Mike et moi avons toujours été ensemble : on a fait le tennis-études à Martin V. En 2005, nous étions à la recherche d’un nouvel entraîneur et le père de Mike a pris contact avec  Marc qui avait alors quelques  disponibilités. C’est devenu notre second coach ; on s’entraînait avec lui deux fois/sem. Puis en 2008, il est devenu mon coach personnel et nous nous entraînons depuis 4 à 5 fois /sem ensemble.

Mike Denayer – Marc Grandjean – Joachim Gérard aux JO à Rio – (c) Denayer

Il  y a deux choses que j’apprécie surtout chez Marc en tant qu’entraîneur. D’abord, il n’a pas peur de se remettre en cause et ensuite il a une grande expérience dans le tennis. Même si nos caractères sont parfois en opposition (je déteste arriver en retard et pour lui cela ne pose pas de problème, par ex.), on s’entend bien sur le terrain et hors du terrain. J’ajouterais aussi qu’Il m’a bien aidé à mieux accepter les critiques ; ma mentalité a évolué grâce à lui.

Pour moi, les principales valeurs que nous partageons sont rigueur, travail et respect naturel.

Quelles sont ses qualités mentales qui font qu’il est un bon entraîneur ? et toi un bon joueur ?

D’abord son sens pédagogique : c’est un prof d’éducation physique et ça se ressent. Et  ensuite, le fait qu’il entretienne une relation individuelle, personnelle avec chaque athlète qu’il entraîne. On a une relation personnelle ; il me comprend vraiment bien.

Quant à moi je suis perfectionniste ; quand j’étais plus jeune, j’ai toujours voulu faire le maximum, le mieux que je pouvais pour atteindre d’abord le même niveau que les sportifs valides de mon âge et ensuite les dépasser. Je cherche tout le temps à me dépasser : je suis un compétiteur. J’aime me battre moi-même.

Comment Marc réussit-il à marier émotionnel et rationnel pour te pousser plus loin encore ?

Notre intimité est grande. Donc il est rationnel et réaliste quand on s’entraîne, quand on est sur le terrain. Et en dehors, on peut lâcher-prise ; on passe de chouettes moments ensemble, on s’amuse, on fait la fête.

« Les valeurs principales que nous partageons sont rigueur, travail et respect »       (c) Bernard Pacalin

Comment Marc t’aide t’il en cas d’échec ?

Quand je vis un échec, j’ai besoin de temps pour digérer la défaite. Par exemple en demi-finale aux JO, même si mon adversaire a super bien joué, je n’ai pas été à la hauteur. J’étais vraiment déçu. Marc ne m’en a pas parlé tout de suite. On a planifié l’entraînement du  lendemain  et ensuite il est parti. Nous ne nous sommes revus que plusieurs heures après.  Marc sait que j’ai besoin de temps. Il attend le bon moment pour en discuter. Il y a ce respect par rapport à une demande de temps de ma part ; même si je ne la formule pas, il la connaît.

Connais-tu l’étude menée par deux psychologues du sport sur la relation entre 12 athlètes médaillés olympiques et leurs coachs ? Ils ont montré que trois facteurs sont nécessaires pour que l’équipe perdure et gagne :

  • L’intimité qui est un des éléments fondamentaux de la relation. Elle repose sur la croyance en l’autre, le respect et l’estime mutuelle, le sentiment d’être proche de l’autre, de croire en la capacité mutuelle à s’investir pour atteindre les buts.
  • Le partage de buts communs fondé sur le dialogue qui repose sur la confiance mutuelle
  • L’attachement en la longévité de l’entreprise qui reflète l’intention de maintenir la collaboration du tandem dans le temps.

Qu’en penses-tu ?

Je suis entièrement d’accord. Nous vivons les mêmes choses. Je le dis souvent, Marc est comme un second père pour moi. Et dans « un  père », je retrouve l’intimité : je suis avec Marc 15 semaines par an ; en déplacement, nous partageons la même chambre et le reste du temps on s’entraîne plusieurs fois/semaine … Je retrouve aussi la longévité ; comme pour un père, il est là depuis longtemps et notre collaboration se poursuit ; je peux compter sur lui. Enfin,  nos buts sont communs ; ses conseils sont précieux.

Pour terminer cette interview, je reviens à toi : comment définis-tu le succès ?

Le succès est quelque chose par rapport à soi. Malgré le fait qu’on n’ait pas gagné, le succès c’est quand on a donné tout ce qu’on a pu. Là, aujourd’hui, si je devais arrêter ma carrière, ce ne serait pas un succès. Je n’ai pas fini, pas encore. J’ai envie de donner plus, j’ai encore à donner et alors je pourrai dire que j’ai obtenu le succès. Pour 2017, mes objectifs sont d’une part de gagner un grand chelem et d’autre part d’avoir une meilleure constance dans les grands chelems.

Que tu puisses réaliser ces deux objectifs en 2017 !

Un grand merci et belle continuation.

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