Le sport, terrain idéal pour la connaissance de soi

Mieux se connaître permet de mieux gérer ses émotions (comme l’anxiété, la colère, la frustration, ….  contre soi ou contre ses coéquipiers) et permet dès lors de mettre son énergie au niveau de la concentration, de la clarté du geste et donc de la performance. Le sport est un terrain idéal pour travailler sur la connaissance de soi et permettre de faire du lien entre bien-être et performance.

J’y crois ! Ma philosophie de travail qui transparaît dans le titre même de ce blog « Challenge you to be » – « Mets toi au défi d’être toi » (Philosophie de travail) en atteste.

Que peut faire l’entraîneur ?

Pour l’entraîneur, cela signifie donc qu’il faut non seulement veiller aux aspects techniques, tactiques, physiques, mais il faut aussi prendre en compte les personnes dans leurs singularités. Ne pas voir en face de soi un athlète mais bien un homme, une femme, un ado, un enfant.  Et pour cela, il n’y a pas 45.000 chemins à emprunter. La porte d’entrée principale, c’est l’écoute. De soi-même, comme celle des joueurs.

La porte d’entrée principale, c’est l’écoute. De soi-même, comme celle des joueurs.

Pour les fondateurs de « Education 4 Peace » ( Education 4 Peace ), il devient urgent que les individus communiquent mieux. Education 4 Peace est une fondation suisse à but non lucratif, spécialisée dans le soutien de programmes de santé émotionnelle dans le cadre des écoles et du monde du sport. L’Union royale belge des sociétés de football (URBSFA) travaille depuis deux ans avec cette asbl sur la gestion des émotions. L’ ACFF  (Association des Clubs Francophones de Foot) a mis en place le module « Attitude » au sein du Brevet C pour les coachs des U6 à U9. Bref ça bouge bien dans le monde du foot !

Pour les enfants, cela entraîne une meilleure écoute générale

Dans le cadre de cet article, je voulais vous présenter «la boussole relationnelle». Cet outil invite à une culture de la connaissance de soi au sein de l’équipe lors des entraînements et des matches pour favoriser bien-être et performance. Elle permet de créer un espace de partage facilité par le coach. Un moment précieux, un espace protégé. Un lieu de parole et de non-jugement. Dans la boussole relationnelle, chacun est libre de dire ce qu’il ressent et comment il se sent. Il peut développer, il peut en rester là. Il peut aussi ne rien dire. Les autres écoutent. Rien de plus. Pas de réponse à donner, pas d’avis à contester, pas de justification à fournir. Il faut simplement écouter et entendre ce que l’autre dit.

Un moment précieux, un espace protégé. Un lieu de parole et de non-jugement.

Pour en savoir plus, voici un extrait de l’article : « Et si le football apprenait à maîtriser ses émotions? » © Laurent Favre –  Le Temps (15.12.2017)

 « La «boussole relationnelle», un moment à part au cœur de l’entraînement

«  Les M13 du Team ACGF-Champel sont les premiers à Genève à avoir tenté l’expérience. Nous les avons suivis pendant deux mois. Certains sont déjà changés, tenue noire uniforme, d’autres arrivent directement de l’école, cartable sur le dos. Ils ont 13 ans, sont issus de divers clubs de la rive gauche genevoise et sont rassemblés dans une sélection appelée Team ACGF-Champel FE13. Ils ne jouent ensemble que depuis deux mois et, en ce début d’octobre, ont perdu tous leurs matchs de championnat.

Veste siglée de l’UEFA sur le dos, Mark Milton (Education 4 Peace) les fait se rassembler en demi-cercle autour de lui et se met à genoux pour être à leur hauteur. «Selon vous, quelles qualités faut-il pour devenir footballeur professionnel?» Les doigts se lèvent, les réponses fusent: «Le mental.» «L’envie, ne rien lâcher.» «La technique, le physique.» Mark Milton acquiesce à chaque fois puis en vient à son propos: «Il existe une autre compétence moins connue mais très importante: l’attitude. L’attitude, c’est la relation avec soi et avec les autres. Ce que l’on va apprendre, c’est comment nous relier à nos émotions.»

Mark Milton dépose en carré quatre petites assiettes en plastique, semblables à celles qui ont remplacé les cônes de chantier sur les terrains d’entraînement. Chaque assiette a une couleur différente et est numérotée: 0, 1, 2 et 3. Chacune correspond à un état émotionnel. «0, cela veut dire que je ne me sens pas bien du tout, pas en lien avec moi-même. 1, je me sens bien mais je n’ai pas envie d’aller vers les autres. 2, je me sens bien, j’ai envie de me connecter aux autres. 3, tout va particulièrement bien, je me sens extrêmement présent.»

Prêter à chacun une attention égale

Les joueurs se placent, presque tous devant le 2 ou le 3. Beaucoup suivent les autres. L’un d’eux hésite. «Tu peux te mettre entre deux pôles si c’est ce que tu ressens», l’encourage Mark Milton, qui invite ensuite les joueurs à verbaliser leur sentiment intérieur. Une mauvaise note à l’école pour l’un, les défaites répétées pour d’autres, justifient les nuages dans leur ciel. Mark Milton leur prête à tous une attention égale, remercie systématiquement et répète la réponse pour signifier son écoute.

«Apprenez à ne pas vous comparer aux autres, dit-il. Pour se connaître soi-même, on a tendance à se comparer aux autres. Cela peut être utile, mais ce qui est plus utile encore, c’est de comprendre que l’on est tous différents.» Venu en observateur, le directeur de la formation au Servette FC Laurent Papillon apprécie.

Evolution au terme de l’entraînement

Fin de l’exercice, qui sera répété deux fois durant l’entraînement et une fois à son terme. Les joueurs sont des jeunes talents, des enfants vifs d’esprit habitués à des exercices sollicitant constamment leur réflexion et leur capacité d’adaptation. Ils intègrent la boussole très facilement et rapidement. A la fin de la séance, pour la première fois, les quatre points de la boussole sont occupés. «Plus vous osez être dans le 0 et le 1 à l’entraînement et plus vous serez dans le 2 ou le 3 en match», leur assure Mark Milton.

On ramasse les assiettes. Celles de la boussole sont remises à l’entraîneur de l’équipe, Nicolas Hürzler. Il a déjà lu le livre qui accompagne la méthode et suivi un cours de formation avec les autres entraîneurs de Servette. A lui désormais de poursuivre avec son groupe.

Quand la boussole est adoptée

Trois semaines plus tard, nous retrouvons Nicolas Hürzeler et les M13 du Team ACGF-Champel au centre sportif de Vessy (GE). Ils viennent de remporter leur premier match de la saison. Ils ont progressé, ont appris à se connaître. La boussole relationnelle fait partie de leur routine, même quand elle se pratique dans le couloir (le vestiaire est trop petit). La nouveauté est passée, ils n’ont certainement qu’une envie, se ruer sur le terrain, et auraient donc toutes les raisons de bâcler l’exercice mais ils s’y prêtent avec sérieux. Leur implication et leur écoute sont impressionnantes. Ils jouent le Lausanne Sport samedi, la meilleure équipe du championnat.

Ce match, ils vont encore le gagner. «Tout le monde était très concentré et connecté, se souvient Nicolas Hürzeler lorsque nous l’appelons au téléphone, fin novembre, pour faire le bilan. «C’est encore relativement nouveau mais je suis convaincu du bien-fondé de cette approche, assure ce jeune homme posé et sensible, qui accompagne également un enfant en école primaire dans le cadre de son service civil. Au début, les joueurs étaient assez critiques les uns envers les autres mais les prises de parole sont assez rapidement devenues plus constructives. Dès le premier mois, j’ai observé une meilleure écoute générale. Je n’oserais pas dire que la boussole nous a fait gagner des matchs mais je pense qu’elle a aidé les joueurs à se connaître et à se faire confiance « .

(Découvrir l’article complet : https://www.letemps.ch/sport/2017/12/15/football-apprenait-maitriser-emotions)

Déjà les philosophes grecs disaient… Connais toi  toi-même

Sur le fronton du temple de Delphes consacré à Apollon était inscrit : « Connais-toi toi même, laisse le monde aux dieux », formule contradictoire puisqu’elle signifiait d’une part qu’il fallait penser à se connaître… et, d’autre part, que tout était décidé par les dieux. Socrate n’en retint que le célèbre ‘Connais-toi toi-même’ et propose ainsi à l’homme de prendre conscience de sa propre mesure sans tenter de rivaliser avec les dieux.

Socrate propose ainsi à l’homme de prendre conscience de sa propre mesure

Au niveau mental et émotionnel, bien se connaître soi-même est donc un formidable pilier sur lequel vont se bâtir l’autonomie et la confiance en soi. En compétition, le sportif est placé dans des situations exceptionnelles qui vont le conduire à tester ses limites psychologiques et celles de son corps. Il est donc essentiel que le sportif se connaisse ! La connaissance de soi permettra de mieux  faire face : apprendre le sang-froid, se rendre indépendant des événements extérieurs, mais aussi elle apprendra la résistance, le sérieux, la discipline, la présence d’esprit, la dignité, l’humilité.

On le voit, ‘Connais toi toi-même’ est un précepte que la sagesse antique semble avoir forgé pour le sportif tant il s’applique exactement à son cas et répond aux nécessités de ses progrès et de son perfectionnement : techniquement, tactiquement, mentalement et émotionnellement bien sûr. Les points communs entre l’athlète et l’idéal antique sont nombreux. Une manière de s’interroger, de se remettre en question, une forme de souci de soi … et des autres !

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.