Stress et superstition

En compétition, je porte toujours le même t-shirt vert ; j’enfile d’abord ma chaussette gauche ; j’écoute la même musique en me rendant sur le lieu du tournoi ; etc. Et si les superstitions avaient quelque chose de bénéfique ?

Et si les superstitions avaient quelque chose de bénéfique ? (c) kuhu

Mais pourquoi de telles habitudes chez les sportifs ? Une des raisons est que celles-ci les aident à faire face au stress.

Le stress c’est quoi ?

Le stress résulte généralement :

  • d’un déséquilibre entre la perception que l’on a d’une épreuve, d’une compétition, d’un obstacle et l’évaluation que l’on fait de nos ressources pour y faire face. Autrement dit, c’est la confrontation entre difficulté perçue et habileté perçue. Il y a anxiété s’il y a un décalage entre les 2. C’est l’incertitude du résultat qui entraîne le stress.
  • d’un déséquilibre entre l’importance qu’on donne à l’objectif à atteindre et la capacité à le réaliser. Il est important de savoir si le fait de gagner ou perdre amènera des conséquences pour le sportif. Toute dissonance entre les deux est source de stress et provoque l’anxiété. Un objectif de victoire par exemple, déterminé par le sportif lui-même ou son entraîneur ou ses parents … va donner beaucoup d’anxiété. Car entrent en jeu alors l’ego, la confiance, l’estime de soi, les attentes personnelles, les croyances vis à vis des conséquences objectives ou subjectives de l’échec ou de la réussite, la motivation des parents, etc.

L’anxiété met donc en œuvre un double mécanisme. Le croisement entre « incertitude » et « perception de l’importance » donne le niveau de menace. Le sportif perçoit une menace (symbolique, car il n’est pas en situation de danger réel, sauf en cas de sports extrêmes) en fonction de lincertitude du résultat et de la perception de l’importance du résultat.

Le croisement entre « incertitude » et « perception de l’importance » donne le niveau de menace (c) Geralt

Plus le sportif se sent menacé, moins il pensera avoir du contrôle sur ce qu’il fait, plus il sera en proie à l’anxiété.  L’incertitude, le manque de contrôle et les situations qui génèrent de l’anxiété favorisent le recours aux rituels superstitieux.

Et la superstition ?

La superstition est une idée que l’on a de certaines pratiques auxquelles on accorde trop d’importance, trop d’attention. Le trèfle à 4 feuilles supposé nous apporter de la chance, le chat noir du malheur. Le phénomène superstitieux est particulièrement répandu et accepté dans le contexte sportif. On retrouve toutes ses caractéristiques dans le sport, et spécialement dans le haut niveau.

La superstition est une idée que l’on a de certaines pratiques auxquelles on accorde trop d’importance, trop d’attention (c) Strecosa

Les superstitions découlent la plupart du temps d’un événement particulier. Chez les sportifs, les superstitions arrivent généralement à la suite d’une bonne performance et quelques fois à la suite d’une moins bonne performance. L’athlète va regarder ce qu’il a fait de particulier lors de cette journée pour l’amener à un tel succès. En cas de performance exceptionnelle ou au contraire particulièrement décevante, l’athlète va analyser tous les paramètres qui ont entouré ce moment si particulier pour trouver un élément déclencheur de cet exploit ou échec. Du contenu de son assiette, à la couleur de son caleçon en passant par le dernier tube à la mode écouté avant la compétition, le sportif peut trouver un élément porte-bonheur dans n’importe lequel de ses faits et gestes. Il cherchera ensuite à le reproduire systématiquement en espérant renouveler ses meilleures performances…

Si très souvent les superstitions relèvent de l’intime, parfois une équipe entière s’y met. C’est le cas du FC Barcelone. Sacrés en Ligue des champions en 2006 contre Arsenal, les Catalans ont voulu reproduire à l’identique le déroulement d’avant-match contre Manchester United en 2009. Pour cela, les dirigeants du club ont envoyé les deux mêmes joueurs en conférence de presse d’avant-match (Valdès et Puyol) mais pire encore, le club aurait demandé à voyager sur le même avion que trois ans auparavant. Une requête acceptée par la compagnie aérienne. S’il est difficile de mesurer l’impact de ces rituels, toujours est-il que le club a remporté l’épreuve. Ici, c’était donc pari gagné !

Adopter tel ou tel rituel est un moyen inconscient d’avoir un contrôle, une influence sur les événements.

Les athlètes veulent cependant y croire ; ces petits gestes améliorent leurs performances

C’est en quelque sorte un mécanisme d’adaptation pour faire face à la pression.  Si, en réalité, seules la pratique et la confiance les rendent plus performants, les athlètes veulent cependant y croire ; ces petits gestes améliorent leurs performances. Et ces manies peuvent au final avoir des effets positifs, en créant un cycle vertueux de réussiteen effectuant un certain acte, la confiance du joueur augmente, et cette confiance permet de mieux jouer.  

Le footballeur Gabriel Batistuta par exemple, du temps où il portait les couleurs de la Fiorentina, avait fait réimprimer une banderole de son fan’s club. Car depuis qu’elle avait été déchirée lors d’un déplacement, l’attaquant ne marquait plus. La banderole toute neuve ayant tout juste retrouvé sa place chez les tifosis, l’Argentin réussissait deux buts à Wembley, dans des angles impossibles, qualifiant ainsi le club italien pour le deuxième tour de la Champions League » (Le Temps – 29 décembre 1999).

Gabriel Batistuta – © TuttoSport

Superstition et routine de performance

La superstition et les routines de pré-performance, ce n’est pas la même chose. Ces dernières sont des stratégies cognitives qui aident les sportifs à être physiquement, techniquement et mentalement prêts pour leur match.

La routine, c’est cette habitude de faire quelque chose toujours de la même manière : geste, manière de faire que l’on répète fois après fois. Service au tennis, routine d’échauffement par exemple. La routine, une fois construite, est toujours la même : vous l’avez vérifiée, testée et vous savez qu’elle fonctionne, c’est-à-dire qu’elle vous permet d’être attentif à ce que vous avez à faire, à être dans le moment présent. Les avantages d’une routine sont nombreux : elles donnent confiance, aident à garder un bon niveau de concentration, vous aident à bien rester en contrôle de vos émotions et donc à mieux gérer le stress éventuel. Plus d’infos : Avoir sa routine de performance

Les routines (c) Geralt

Peu importe le moment du match ou l’importance du point à jouer, la routine s’effectue toujours de la même manière. Bien respecter sa routine permet de vivre chaque point de manière isolée, de jouer une balle/un point/un moment à la fois et ce peu importe l’importance du point.

À travers ses entraînements quotidiens, l’athlète répète sans cesse les mêmes mouvements afin que s’installent chez lui des conduites « automatisées » lui laissant ainsi plus d’énergie au dépassement de soi lors des compétitions.

Sans ce processus d’automatisation, l’athlète devrait sans cesse « réinventer la roue » à chaque compétition afin de trouver le comportement adéquat dans chacune des circonstances sportives. Le fait que la routine soit là pour surpasser les émotions et les peurs peut être un facteur prépondérant dans la réussite d’une performance.

À certains moments, au lieu de cogiter et commencer à douter, la routine permet de rester serein et passer à l’étape suivante. Elle est exécutée pour être plus fort que la peur, l’appréhension et le doute. Par la répétition du geste, la routine permet de diminuer au maximum l’imprévu et l’inconnu, qui sont eux toujours inhérents au sport » analyse Sébastien Magne, psychologue du sport.

Tout l’entraînement des athlètes repose sur la répétition incessante de conduites afin de les rendre automatisées. Ces comportements automatisés doivent faire l’objet d’un regard attentif et constant afin de les garder en pleine conscience.

Pourquoi de telles habitudes chez les athlètes ?

En conclusion, superstition et routine sont de faux jumeaux. La routine est plus cohérente, réfléchie et tournée vers un objectif de concentration et de maîtrise ; la superstition, elle, se distingue par son caractère irrationnel, dépourvu de logique.

Superstition et routine sont de faux jumeaux (c) Kanheungbo

Cependant, gardons les superstitions car elles donnent un sentiment de sécurité et de protection. Je ne dis pas qu’il faut encourager cette pratique, mais, si en posant certains gestes, certaines habitudes, les athlètes se croient plus forts, plus rapides, plus sereins, c’est quand même tout bénéfice ! Et, on le sait l’importance de croire en ses moyens et ses capacités permet souvent de se surpasser.

Un dernier exemple : Louis Fernandez et son drôle de rituel avant chaque rencontre…

À l’époque où il entraînait le Paris Saint-Germain, l’ancien milieu de terrain ne pouvait s’empêcher de mâchouiller une sucette comme le faisait Johan Cruyff en son temps. Un bon moyen de gérer son stress mais l’entraîneur français ne s’arrêtait pas là.

Avant chaque rencontre de son équipe, il jetait discrètement des poignées de sel aux quatre coins du terrain. « J’ai toujours réussi à le faire dans le dos de tout le monde. Lorsque nous venions prendre nos repères sur le terrain ou pendant l’entraînement, par exemple. Je me promenais avec mes mains dans mes poches et laissais échapper un peu de sel, toujours avec l’air de quelqu’un qui ne faisait pas quelque chose en particulier. La superstition c’est une chose étrange, quelque chose à garder pour vous, et vous seul. Si quelqu’un comprend ce que vous faites, tout est complètement raté », précisa-t-il en 2013 à l’AFP.

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