Votre corps parle

C’est un sujet largement connu : notre non-verbal (la manière dont nous parlons avec notre corps, ce que nous dégageons comme image) affecte la façon dont les autres nous voient. Le corps fait passer un message aussi efficace que les mots que l’on prononce. Et souvent nous ne nous rendons pas compte que nous communiquons de nombreuses informations à notre insu.

Notre corps parle et envoie un message aux autres

Notre corps parle et envoie un message aux autres.

Le langage corporel reflète ce qui se passe dans la tête et reflète vos émotions. Notre état d’esprit peut se refléter dans nos gestes et mimiques, dans notre posture : nous lançons des messages à nos adversaires. Epaules droites/dos voûté, tête haute/tête basse … Ceci peut être d’une importance capitale dans le milieu sportif où le mental des athlètes joue un rôle critique sur leurs performances en compétition.

Que ce soit sur un court de tennis, un terrain de foot ou dans la vie de tous les jours, vos attitudes corporelles, vos postures, vos gestes, votre regard, les expressions de votre visage, votre façon de vous déplacer, tous ces éléments font partie de votre langage corporel et expriment des choses que les autres perçoivent.Ça fait partie de ce qu’on appelle la communication non verbale, ce qu’on communique autrement que par la parole.

Prenons un exemple avec l’un des athlètes qui m’a toujours marquée en ce sens : Usain Bolt. Cet homme-là a bien compris les règles du jeu non-verbal. Observez-le avant une course. Il semble toujours relâché (en tout cas beaucoup plus que ses confrères sur les côtés). Il est difficile de voir sur son corps et sur son visage le moindre signe de stress. Il ne laisse aucune trace de doute filtrer auprès de ses adversaires… Pour illustrer mes propos, regardez ce cours extrait vidéo (de 1:07 à 2:27) et comparer la différence dans l’attitude des athlètes. Christophe Lemaître semble lui beaucoup moins serein : https://www.youtube.com/watch?v=LWZQAVtkMBo&feature=player_embedded

Philip Furley et Geoffrey Schweizer, deux chercheurs allemands, ont tenté de comprendre si le comportement non-verbal de sportifs pouvait affecter la perception et le jugement d’un observateur. En d’autres termes, un observateur naïf peut-il deviner l’actuel gagnant ou perdant d’un match de basket-ball ainsi que l’état d’esprit des joueurs via les signaux non-verbaux qu’ils émettent ?

Un observateur naïf peut-il deviner l’actuel gagnant ou perdant d’un match de basket-ball ainsi que l’état d’esprit des joueurs via les signaux non-verbaux qu’ils émettent ?

Afin de répondre à cette question, les auteurs ont isolé des séquences vidéo de matches de basket-ball de NBA, la ligue professionnelle américaine, ainsi que de première ligue allemande. Ces séquences duraient en moyenne quatre secondes et étaient tirées des moments « neutres » du match, c’est-à-dire pendant les temps morts, les pauses ou les lancers francs. En se basant sur ces séquences uniquement, les participants de l’étude devait simplement déterminer si l’équipe du joueur filmé menait largement le match (high lead), menait de peu (close lead), était à égalité avec l’autre équipe (draw), était menée de peu (close behind) ou menée largement (far behind). L’hypothèse formulée par les auteurs était que les expressions et postures des joueurs devaient refléter leur niveau de confiance ou de fierté induite par la réussite de leur équipe dans le match. Comme le soulignent les auteurs, les signaux non-verbaux liés à la fierté, la honte ou la dominance sont particulièrement importants en situation de compétition et de conflit. Les signaux non-verbaux transmis par des sportifs permettent à un observateur naïf de deviner leur état d’esprit et d’autres aspects contextuels, ici l’équipe menant ou perdant le match. Cette étude a été publiée dans la revue Journal of Nonverbal Behavior 

Une étude menée par ces deux mêmes chercheurs allemands montre que des footballeurs ou des basketteurs percevant des signaux « d’échec » chez leurs adversaires voient leur confiance et assurance augmenter. En modifiant votre langage corporel, vous donnerez aux autres et notamment à votre adversaire le message que vous êtes sûr de vous.

Ces résultats offrent ainsi des perspectives originales pour l’entrainement des sportifs. Un travail sur l’attitude en contexte de stress, de pression, de réussite ou d’échec peut ainsi être mis en place afin d’augmenter sa compétitivité et sa gestion de match.

Booster votre confiance dans les moments importants

Le langage corporel reflète nos émotions mais il peut également les influencer ! Les postures que vous adoptez sont le reflet de vos émotions mais inversement, vous pouvez avoir une influence sur vos émotions en modifiant votre langage corporel.

Le langage corporel reflète nos émotions mais il peut également les influencer !

C’est un aspect lié au non-verbal qui est moins connu : notre non-verbal influence aussi la façon dont nous nous voyons, nous, comment nous nous sentons… Nous pouvons avoir une influence sur vos émotions en modifiant notre langage corporel. Cela peut sembler curieux, vous allez peut-être avoir l’impression désagréable de faire semblant, de mimer un comportement, de jouer un rôle, mais c’est tout à fait le but recherché. En faisant « comme si vous étiez confiant et détendu », cela va véritablement vous aider à le devenir.

Commencez simplement par corriger vos attitudes négatives quand vous y pensez, quand vous les percevez :

  • ayez le buste droit et la tête droite si vous sentez que vous avez tendance à regarder vers le bas,
  • ne fuyez pas le regard de l’adversaire. Inutile de le fixer de manière provocante droit dans les yeux mais ne détournez simplement pas le regard vers le bas s’il vous regarde.
  • si vous vous déplacez d’un pas hésitant, prenez plus d’assurance dans vos mouvements et sachez exactement où vous allez,
  • si vous commencez à râler, modifiez cette attitude en vous encourageant davantage, même sur des points perdus
  • ….
Si vous commencez à râler, modifiez cette attitude en vous encourageant davantage, même sur des points perdus

Une expérience intéressante

Voici une expérience de laboratoire, sans aucun lien avec le monde du sport et de la psychologie. Cette expérience est une source inépuisable de réflexion qui concerne notre domaine : le sport. Les auteurs, Gross et coll, en 1988 ont mis au point cette expérimentation. Cette recherche a été répliquée à de multiples reprises et n’a jamais été contredite.

Un premier échantillon de sujets va devoir juger du caractère plaisant ou non de couvertures de bandes dessinées. Cette tâche aboutit à un premier classement (x% de couvertures de BD sont jugées positives et y % d’entre elles sont jugées négatives).

Un premier échantillon de sujets va devoir juger du caractère plaisant ou non de couvertures de bandes dessinées

Ensuite, un deuxième échantillon de sujets équivalent au premier va être divisé en deux sous-groupes selon deux conditions.

Premier sous-groupe, les sujets de ce sous-groupe doivent effectuer la même tâche (juger du caractère plaisant ou non de couvertures de bandes dessinées) mais en tenant un crayon avec les lèvres.

Deuxième sous-groupe : toujours la même tâche pour ce sous-groupe mais en tenant le crayon avec les dents.

Résultats : le groupe tenant le crayon avec les dents (sourire) va obtenir significativement plus de bandes dessinées positives que le groupe tenant le crayon avec les lèvres (moue de défaite) qui lui va obtenir plus de bandes dessinées négatives !

Le groupe tenant le crayon avec les dents va obtenir significativement plus de bandes dessinées positives que le groupe tenant le crayon avec les lèvres qui lui va obtenir plus de bandes dessinées négatives !

L’intérêt de cette expérimentation met en évidence que notre cerveau enregistre les stimulations des muscles en contraction (ici le visage) selon qu’elles correspondent à des émotions, soit positives, soit négatives et que ces stimulations modifient notre jugement en dehors de notre contrôle conscient. Dans cette expérience, aucune émotion n’a été créée, même artificiellement.

Mais tenir en crayon entre les lèvres donne plutôt un sentiment de basse excitation ; tenir un crayon avec ses dents donne plutôt un sourire.

Autrement dit, il y aura en réalité deux sources d’anxiété. La première sera due à la situation particulière (si je joue mal je ne serai plus aligné, si je perds je ne suis pas qualifié pour les championnats, s’il me bat, je vais avoir l’ai ridicule …). A celle-ci s’ajoutera, la seconde due aux stimulations émotionnelles transmises aux muscles. Dans l’expérience ce seront ceux du visage mais dans un sport, cela concerne aussi les autres muscles (nuque, dos, cou, ventre, …) dont les stimulations, tensions repartent vers le cortex et sont analysées et interprétées comme anxieuses (ou pas).

Cette belle expérience, démontre qu’il importe d’apprendre à gérer nos émotions qui se manifestent sur nos muscles (expressifs, posturaux et d’effections motrices) car sans cela nos pensées qui interagissent en permanence en situation sportive sont influencées sans que nous puissions exercer le moindre contrôle. 

Plusieurs études ont démontré cela, même s’il y a encore des recherches à faire.

Si vous avez encore un moment, visionnez cette conférence très instructive  vue plus de 50 millions de fois, de Amy Cuddy, une psychologue sociale. Elle nous dit en quelque sorte : on peut influencer la manière dont on se sent, on peut contrôler sa confiance en soi, comme si c’était impossible d’échouer.

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