[Récits de sportifs] – Carole Vuylsteke : 5ème au championnat du monde de chiens de traîneaux !

Carole est une de mes meilleures amies … de longue date et elle vient de signer une belle 5ème place au Championnat du monde !  Elle vit au Québec depuis plus de 10 ans. Je suis très admirative de la façon dont elle va dans le détail quand elle prépare ses compétitions, de son humilité et son humour, de la manière dont elle poursuit ses objectifs pas à pas et de son respect incommensurable pour ses chiens. Il n’en fallait pas plus pour que ce soit à elle que je pense pour inaugurer cette rubrique « Récits de sportifs ».  Merci Carole, de l’honneur que tu me fais.

Carole Vuylsteke – Championnat du monde de chiens de traîneaux – 24 janvier au 1er février 2017 – Haliburton Forest, Ontario, Canada – Catégorie MD8-12 (3 courses de 82 km 3 jours de suite avec 8 chiens attelés choisis parmi 12). Le temps de repos des chiens dépend de l’heure d’arrivée puisque le départ est chaque matin à 9h.

Bonjour Carole. Nous allons démarrer cet interview par le commencement ! Peux-tu nous expliquer comment tu as choisi de faire du chien de traîneau ?

Le premier contact avec les chiens de traîneau a eu lieu dans les Laurentides (au Québec) chez mon voisin de l’époque. Il avait une trentaine de chiens et organisait des petites randonnées, promenades.  C’était en 2004, je venais d’arriver au Québec. À partir de cette première expérience, mon objectif était d’avoir mes propres chiens.

Depuis combien de temps en fais-tu ? Qu’aimes-tu dans ce sport ?

Je fais du chien de traîneau de façon plus régulière depuis l’hiver 2006 avec les chiens de Michel, mon amoureux.  J’ai commencé à monter mon attelage à partir de 2011. J’ai actuellement 12 chiens. La pratique de ce sport permet, voir oblige à vivre le moment présent et à laisser remonter notre instinct afin d’entrer en contact avec  l’environnement et les chiens pour former une vraie équipe qui sait s’adapter et tirer profit des conditions de neige, de la météo et du sentier à parcourir avec plaisir. Oui, c’est un sport d’équipe qui allie l’animal à l’homme et l’homme à l’animal. Au fil des entraînements il se crée une relation très particulière entre les chiens dans l’attelage et entre eux et moi !!!

Le regard des chiens de tête… Yukon et Kyoto

C’est la qualité et l’intensité de cette relation qui, d’après moi, détermine la réussite de chaque sortie que ce soit récréatif ou compétitif. C’est ce que j’aime et dont j’avais besoin pour trouver ma place…

Par rapport aux émotions, qu’est-ce que tu recherches dans la pratique du chien de traîneau ? Est-ce que tes émotions changent entre la compétition et l’entraînement ?

Ce sport me donne en même temps confiance en moi et me rappelle sans arrêt à une plus grande humilité.  La pratique de ce sport me procure un sentiment de liberté que je n’ai rencontré qu’en faisant de la voile.

Oui mes émotions changent entre compétition et entrainement mais seulement au départ !! Je suis beaucoup plus stressée et inquiète à l’idée de ne pas savoir gérer l’énergie dégagée par les chiens. Une fois partie, je me retrouve seule avec mes athlètes et je me replonge dans ma bulle, concentrée et attentive à mes co-équipiers canins. Parce que tout compte fait, la compétition, elle, n’est que dans notre tête à nous, humain.  Les chiens eux ne font pas de différence entre entrainement et compétition…

Quelles sont les ressources mentales nécessaires ?

Etre un bon musher demande avant tout d’aimer les chiens et ensuite c’est une question de patience, patience et encore patience.  Avec en plus un bon sens de l’observation.

Que retiens-tu de ta participation au Championnat du monde ? Ce n’est pas n’importe quelle compétition quand même ! Participes-tu  d’autres compétitions  ? Qu’aimes-tu dans la compétition ?

Ce championnat du monde en Ontario ! Grande première et très belle expérience ! Alors que je ne suis pas une adepte de la compétition … parce que je considère que ce sont les chiens les athlètes et je ne suis pas sûre que leur plaisir est dans le fait de participer à des courses mais plutôt simplement dans le fait de courir pour leur musher. Je participe cependant chaque année au Défi Taïga 200 parce que c’est chez nous et que Michel en est un des fondateurs. Ce sera ma quatrième participation cette année (17 et 18 mars 2017).

Le souci du détail : l’attelage est aux couleurs belges !

Si je n’aime pas trop la compétition, j’aime en revanche les expéditions et par dessus tout j’adore entraîner !!! Voir les chiens progresser physiquement, sentir l’équipe se souder, approfondir cette relation de confiance mutuelle ce sont autant d’aspects du mushing qui me motivent à sortir mes chiens. En y pensant bien, c’est aussi ce qui me pousse chaque année à participer à une course parce que toutes les facettes de l’entrainement sont mises à l’épreuve de la pression et que l’on peut juger de notre savoir-faire.

En fait, je me sers des courses pour apprendre sur moi-même et ma capacité à gérer mes émotions.

Ma participation au championnat du monde m’a appris énormément sur moi même ainsi que sur mon équipe.  C’était une occasion incroyable de rencontrer des mushers de partout et de partager nos connaissances, nos expériences, notre passion.

Je suis rentrée à la maison avec des sentiments mélangés ; avant tout une très grande fierté d’avoir pu représenter mon pays, une grosse pointe d’orgueil quant à mes chiens mais aussi un brin de déception de ne pas avoir pu courir la distance pour laquelle nous nous étions préparés …

Comment te prépares-tu à une compétition ? toi, tes chiens ? Physiquement, mentalement, logistiquement, tactiquement …Te fixes-tu un objectif avant le départ ?

Vaste question… La préparation dépend beaucoup de la distance à parcourir, comme pour les coureurs à pied. Un marathon ne se prépare pas de la même manière qu’un sprint… Moi, j’aime entraîner pour des longues distances et je ne prétends pas avoir la recette magique…

En gros, je sors les chiens dès que la température le permet (en dessous de 10°C) et je commence par les faire courir, en fait trotter, de courtes distances. Je répète la sortie autant de fois qu’il faut pour que je sente les chiens à l’aise. Alors seulement j’augmente la distance jusqu’à arriver à la distance maximale que je me suis fixée. J’alterne les entraînements rapides (travail du cardio) avec des entraînements plus lents mais plus chargé (travail de muscu).

La difficulté n’est pas d’augmenter la distance mais de garder des chiens motivés !!! C’est la raison aussi de l’alternance de rythme que je combine avec une alternance de sentiers. J’essaye de ne jamais utiliser le sentier de course pour les entraînements afin que les chiens découvrent un nouveau parcours ce qui est extrêmement motivant pour tout le monde.

Carole a brodé le nom des chiens sur leur collier

Je laisse les chiens au repos 2/3 jours avant le départ pour augmenter leur envie de courir. Pour le reste, je me sécurise en préparant et vérifiant tout le matériel. Je soigne les détails pour gagner du temps à chaque manœuvre pendant laquelle j’interviens (changement de chaussettes, donner les snacks, etc.).

Le seul objectif que je me fixe avant la course, c’est de finir avec tous mes chiens en santé. Pour y arriver, la seule tactique c’est de maintenir une motivation constante, de rester concentré sur les chiens et ne pas faire autrement qu’à l’entrainement. Ce n’est pas parce que c’est une course que les chiens seront d’un coup plus rapides ou plus endurants. Ils ne calculent pas leurs efforts, ils donnent toujours et dès le départ le maximum, c’est au musher à respecter leurs limites. Les entraînements servent aussi et surtout à ça, connaître chacun de ses chiens.

Finalement pour moi, gagner ce n’est pas très important. Ce qui m’importe à l’issue de la compétition c’est que tout le monde reste en santé et montrer que des chiens entraînés, heureux, qui courent avec plaisir savent être performant.

 

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