Entraîneurs – Améliorer le sentiment d’efficacité personnelle des sportifs

On l’a vu, les croyances d’efficacité ont des effets non négligeables sur l’engagement, l’apprentissage et les performances : le sentiment d’efficacité d’un individu en sa capacité dans une tâche donnée détermine en partie la façon dont il va faire face à cette tâche et le niveau de performance qu’il va effectivement atteindre. Les croyances du sportif en ses capacités à réussir jouent un rôle crucial dans son engagement et ses performances. Pour mieux comprendre le sentiment d’efficacité : le sentiment d’efficacité personnelle : je suis capable de réussir

L’efficacité personnelle perçue constitue un meilleur prédicteur de la performance que les compétences seules.

De nombreuses recherches (Bandura, 1988 ; Bong & Skaalvik, 2003 ; Marsh, 1990) montrent que plus les sportifs ont un sentiment d’efficacité élevé :

– plus ils choisissent des activités qui présentent pour eux un défi et qui leur donnent l’occasion de développer leur habileté plutôt que de s’engager dans des tâches faciles qu’ils sont assurés de maîtriser ;

– plus ils se fixent des objectifs élevés ;

– mieux ils régulent leurs efforts ;

– plus ils persévèrent face à des difficultés ;

– mieux ils gèrent leur stress et leur anxiété ;

– et meilleures sont leurs performances.

Comment dès lors soutenir les sportifs en stagnation ? Comment soutenir les sportifs qui sont dans une période où leur sentiment d’efficacité personnelle est au plus bas ? Comment favoriser le sentiment d’efficacité personnelle ?

Petit préalable  … Pour aider son élève à augmenter son niveau de croyances en son efficacité à réussir,  … il faut que l’entraîneur ait lui-même une croyance forte en son efficacité personnelle à motiver et à favoriser l’apprentissage chez ses élèves.

Si l’on veut soutenir l’engagement des sportifs, il faut travailler avec eux sur les objectifs mais aussi sur des processus d’(auto)-évaluation qui les accompagnent. Les cours, les entraînements et des feed-back de succès ne suffisent pas à garantir un sentiment élevé d’efficacité personnelle.

A retenir !! Des échecs et certaines réactions de l’entourage (formateurs, pairs, parents…) peuvent durablement ébranler les croyances d’efficacité d’un apprenant. Soyons attentifs à la manière dont nous parlons aux jeunes en pleine construction de soi (Quand l’entraîneur fait un commentaire qui déstabilise ).

Soyons attentifs à la manière dont nous parlons aux jeunes en pleine construction de soi

Les résultats actuellement disponibles dans la littérature invitent à donner aux sportifs :

  • (1) des objectifs clairs et à échéances relativement proches pour guider leurs apprentissages.

La meilleure façon de maintenir la motivation personnelle est de combiner un objectif à long terme, qui fixe l’orientation du projet, avec une série de sous-objectifs accessibles, destinés à guider et maintenir les efforts de la personne le long du parcours, tout en lui fournissant des récompenses immédiates. Ces objectifs proximaux sont d’une part un moyen efficace de réduire le risque de découragement dû à un objectif élevé et d’autre part une façon d’accroître le sentiment d’efficacité personnelle. En effet, atteindre des sous-objectifs fournit des indicateurs croissants de maîtrise qui permettent d’acquérir un sentiment progressif d’efficacité personnelle.

Une étude en mathématique (Bandura et Schunk, 1981) : des enfants ont suivi un apprentissage auto-dirigé comportant, soit des sous-objectifs proches consistant à maîtriser diverses compétences mathématiques, soit un objectif lointain consistant à maîtriser toutes les compétences, soit encore aucun objectif. Ceux motivés par des sous-objectifs ont rapidement progressé, sont parvenus à une maîtrise substantielle des opérations mathématiques, et tous ont développé un fort sentiment d’efficacité mathématique. Par contre, les enfants auxquels on avait fourni un objectif lointain ou aucun objectif ont continué à douter de leurs aptitudes et ont bien moins réussi. Les objectifs lointains fixent des orientations, mais ne favorisent pas l’efficacité perçue ni l’intérêt intrinsèque. La nécessité de se focaliser sur les progrès plutôt que sur des résultats lointains est particulièrement importante pour les individus convaincus de leur inefficacité personnelle et qui ont donc besoin de la démonstration répétée qu’ils ont ce qui est nécessaire pour réussir.

Atteindre des sous-objectifs fournit des indicateurs croissants de maîtrise.

Diverses recherches suggèrent d’utiliser des consignes formulées en termes d’objectifs de compréhension et de développement de compétences plutôt qu’en termes de production à fournir ou de performance à atteindre (dans cette phase de reconstruction, on évitera les tests diagnostiques de l’aptitude !).

Et bien évidemment, ce processus se déroulera hors tout contexte de compétition ou de comparaison interpersonnelle. En aucun cas, l’enfant ne sera placé dans des situations qui augmentent la visibilité sociale.  Il s’agit d’amener les sportifs à se focaliser sur les progrès accomplis et sur la façon d’accroître leur maîtrise plutôt que sur l’évaluation de leur rang par rapports aux autres.

  • (2) un feedback précis, composé de commentaires sur les points forts et les points faibles d’une performance, de suggestions concernant les moyens d’améliorer la maîtrise et ainsi éviter de « simplement » faire une appréciation générale (Pourquoi un bon feedback est-il si important).

Dans leurs relations pédagogiques, les entraîneurs transmettent à maintes reprises des évaluations, explicitement (remarques, classement, commentaires) ou implicitement (attention différente portée selon les sportifs, critères fixés aux uns et aux autres, mode de regroupement, niveau de difficulté des tâches). Un entraîneur qui souligne la qualité du travail d’un jeune facilite le développement du sentiment d’efficacité. Ainsi, les sportifs qui sont amenés à interpréter leurs améliorations comme des signes d’aptitude croissante parviennent finalement à augmenter leur niveau d’efficacité perçue et de réussite.

Un entraîneur qui souligne la qualité du travail d’un jeune facilite le développement du sentiment d’efficacité

Parallèlement, il n’est évidemment pas pertinent de dire à des jeunes qui rencontrent d’importantes difficultés qu’ils sont très talentueux. Dans ces conditions, il faut plutôt attribuer les échecs à un manque de connaissances et de compétences que le sujet peut acquérir, et leur proposer des sous-objectifs proches afin de mettre en évidence la croissance de leurs aptitudes personnelles. Se focaliser sur des moyens que l’on peut acquérir en vue de la maîtrise fournit le guide pédagogique et ultérieurement la démonstration persuasive d’aptitude.

Il paraît important de veiller à ce que ces feedback, ainsi que le comportement non verbal de l’entraîneur, communiquent une vision de la compétence comme une capacité qui se construit à travers le travail et la régulation efficace des contraintes et des ressources. Les entraîneurs doivent donc communiquer des attentes élevées vis-à-vis des progrès du sportif.

En d’autres mots, la mission de l’entraîneur est de soutenir une acquisition graduelle de compétences et leur validation progressive afin de développer le sentiment d’efficacité et l’engagement du sportif.

L’entraîneur mettra donc en place des évaluations auto-référencées ou des évaluations sur base de critères plutôt que des évaluations normatives ; il peut aussi encourager son élève à développer l’auto-évaluation.

En conclusion, au delà de ces diverses « techniques de coach », la meilleure façon pour que le sujet puisse agir avec succès, malgré son sentiment d’incapacité, consiste à mettre en place une stratégie dans laquelle l’entraîneur intervient conjointement avec lui ou dans laquelle il lui aménage des conditions environnementales protectrices.

Travailler dans un cadre de relations humaines positives, favorables à l’épanouissement du jeune, dépourvues de menace.

Il s’agit, essentiellement, de relations humaines positives, favorables à  l’épanouissement du jeune, dépourvues de menace ou de défi à la conception que le sujet se fait de lui-même. Le but de cette relation interpersonnelle n’est pas de résoudre un problème particulier, mais d’aider le jeune à croître et à développer toutes ses potentialités, de telle sorte qu’il puisse affronter le problème présent et les problèmes à venir d’une façon plus efficace et plus autonome. Une attitude conditionnée par  l’écoute et la compréhension empathique.

Tout ceci est loin d’être négligeable car au-delà du sport concerné, un sentiment solide d’efficacité intellectuelle et autorégulatrice favorise non seulement la réussite et des relations sociales satisfaisantes mais aussi un développement émotionnel positif.

 

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