La fixation de but efficace (partie 1)

Nous savons maintenant (Se fixer des objectifs pour progresser ) que la fixation de buts améliore les performances en focalisant l’attention et l’action vers les résultats importants à accomplir, et, en retour éloignent l’attention d’autres éléments moins pertinents. En deuxième lieu, les objectifs  augmentent les efforts  proportionnellement aux résultats à atteindre. Troisièmement, les buts accroissent la persévérance et enfin, ils poussent les athlètes à maîtriser de nouvelles stratégie ou plans d’actions destinés à atteindre le résultat.

De nombreux chercheurs se sont penchés sur la fixation de buts efficaces et ont mis en avant divers principes. Deux principes ont été plus particulièrement étudiés : la spécificité et la difficulté des objectifs.

Deux principes efficaces quant à la fixation de buts : la spécificité et la difficulté des objectifs

Il a été, tout d’abord, montré, de manière répétée (Locke, Latham – 1990), que les buts spécifiques, mesurables et observables – c’est-à-dire, exprimés en durée, en charge, etc. – à atteindre, conduisaient à de meilleures performances que les buts vagues du type « faites de votre mieux », ou aucun but du tout. Si un joueur de tennis se fixe comme objectif général d’avoir plus d’efficacité  au service, comment saura-t-il s’il a atteint son but ?  Il doit pouvoir quantifier, préciser, mesurer …. Vous avez sûrement déjà entendu parler de la méthode SMART pour fixer vos objectifs. Un objectif S.M.A.R.T. est un objectif qui est spécifique, mesurable, atteignable, réaliste et temporellement défini. La méthode SMART est bien ancrée dans les mœurs des pays anglo-saxons, Etats-Unis en tête, notamment dans les milieux professionnels : Objectifs SMART

D’autre part, les résultats des recherches ont également confirmé le postulat selon lequel la difficulté du but et la performance sont liées de manière linéaire et positive (Locke, 1968, 1997). Autrement dit, des buts difficiles qui contiennent un défi conduisent à une meilleure performance que des buts trop faciles. On pourrait presque aller jusqu’à dire : plus les buts sont difficiles, meilleure est la performance.

La difficulté du but et la performance sont liées

Apportons cependant quelques nuances de taille :

les buts efficaces sont ceux qui sont suffisamment difficiles pour présenter un défi aux athlètes, mais assez réalistes et donc suffisamment accessibles pour espérer être atteints. L’athlète doit posséder des connaissances et des capacités suffisantes pour atteindre le but.  Toute la difficulté pour l’entraîneur réside précisément dans ce savant équilibre à trouver. Pour que les athlètes soient incités à travailler dur et à donner leur maximum, il faut que les buts soient difficiles mais réalistes, afin que l’athlète ait le sentiment de pouvoir l’atteindre. Si l’athlète le juge irréaliste ou inatteignable, il peut alors se décourager et renoncer à l’atteindre. Notons qu’il est possible d’augmenter la difficulté en ne jouant pas uniquement sur le but mais sur les conditions de réalisation du but. On peut par exemple, à l’entraînement, perturber la concentration des athlètes pendant les moments délicats (penalty, enchaînement de gymnastique, putting, …).

l’athlète doit s’engager pleinement à atteindre le but. L’entraîneur doit, pour cela, bien connaître les capacités et l’engagement des athlètes dont il a la charge, et veiller à différencier le but fixé aux athlètes en fonction de leur niveau respectif et de leur forme du moment. Il est tout aussi important d’associer l’athlète à la définition des buts de manière à garder sa motivation la plus optimale.

L’athlète doit s’engager pleinement à atteindre le but

l’athlète doit disposer d’un retour d’information précis qui le renseigne sur la distance qui le sépare du but fixé ; et ce, quelle que soit la nature du but fixé (performance, technique, résultat compétitif, qualités psychologiques, …). L’entraîneur doit apporter une information précise pour que les buts provoquent une modification de la performance. Plusieurs chercheurs (Bandura et Cervone, 1983 – Locke et al., 1981) ont insisté sur cette nécessité d’apporter un feed-back sur les performances obtenues par l’athlète. Il ne suffit pas de fixer des objectifs à un athlète « prends 80% des fairways au golf » ou « 60% des possessions de balle doivent se terminer par un tir » : si aucune information n’est apportée par la suite le but restera un vœu pieux et perdra de sa force motivationnelle. L’établissement d’un but spécifique et de défi d’une part, et l’apport d’un feed-back de performance d’autre part, constituent deux aspects complémentaires et indispensables. Les buts sans le feed-back, ou le feed-back sans but préalable entraînent des performances inférieures aux situations dans lesquelles les buts sont associés à des feed-back.

L’établissement d’un but spécifique et l’apport d’un feed-back de performance constituent deux aspects complémentaires et indispensables

Le feed-back présente une composante motivationnelle importante car il renseigne l’athlète sur ses progrès ou sur le chemin qui lui reste à parcourir pour atteindre le but fixé. Le feed-back peut porter sur la performance comme sur la manière d’y parvenir (toutes les sortes de statistiques comme le nombre de passes décisives, le nombre de tirs cadrés, le nombre de récupérations au rebond, le nombre de putts, le nombre de premier service …, des informations sur la technique gestuelle, un retour sur la manière dont l’athlète a géré ses émotions, …) pourvu que le feed-back renseigne l’athlète sur l’écart qui le sépare du but à atteindre. Comme pour les buts fixés, un feed-back doit apporter une information précise et mesurable. Des informations du type « bien joué », « pas mal » ou « c’est mauvais » n’apportent pas grand chose à l’athlète, car elles ne précisent pas l’amplitude de l’écart par rapport au but fixé.

Mais  …. Il existe un cas où le feed-back provoque des effets négatifs sur la performance et la motivation : quand l’information apportée signale une performance très en dessous de la norme (Famose, 1990). Nous n’avons pas encore parlé dans nos différents articles du caractère néfaste des buts uniquement basés sur les  résultats compétitifs. Les athlètes les moins performants (en terme de résultats) se décourageront dès qu’ils percevront leur incapacité à atteindre les performances des meilleurs. C’est la raison pour laquelle il est conseillé de fixer des buts plus contrôlables et flexibles : des buts de maîtrise de la tâche basés sur des critères personnels de performance, par exemple. Pour les mêmes raisons, nous voudrions souligner la nécessité d’assurer – autant que faire ce peut – une relative confidentialité dans la communication des performances à l’athlète. Ce dernier doit se centrer essentiellement sur des standards personnels de réussite. Il n’est donc pas nécessaire de divulguer publiquement les résultats normatifs obtenus au cours d’une compétition. L’information la plus utile – en particulier pour les athlètes qui traversent des phases de doute et d’anxiété – est celle relative à la performance personnelle.

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