Non pas un mais des abandons (partie 1)

Nombre de clubs notent un turn-over important chaque année parmi les pratiquants. Dès lors, on peut s’interroger sur les raisons qui conduisent d’un engouement important pour une pratique sportive à un plus faible niveau de motivation pour celle-ci quelques mois ou plusieurs années plus tard. Faut-il voir ce phénomène d’abandon comme un processus normal lié au développement du sportif, ou au contraire, reflète t’il l’inadéquation entre l’organisation des structures sportives et les attentes des sportifs ?

Comment expliquer ce turn-over chez les pratiquants ? (c) Composita

Un taux d’abandon élevé chaque année, particulièrement au moment de l’adolescence

En Belgique, une enquête de 2017 indique que seulement 25% des jeunes garçons belges de 11 ans pratiquent une heure de sport au quotidien contre seulement 17% à 15 ans. On remarque aussi une différence entre les garçons et les filles : 15% d’entre elles pratiquent un sport quotidien à 11 ans et seulement 9 à 15 ans… (source RTBF – 29 septembre 2017).

Constat alarmant : les jeunes belges délaissent l’activité sportive – RTBF

Les motifs de l’abandon sportif

(1) Les résultats de plusieurs recherches empiriques publiées à ce jour mettent en évidence plusieurs raisons personnelles : l’intérêt pour d’autres activités (j’ai autre chose à faire) et le conflit d’intérêt (cela me prend trop de temps) constituent les raisons les plus citées dans la décision d’abandonner. A ces raisons s’ajoutent : le manque de plaisir ou l’ennui, les désaccords ou les conflits avec l’entraîneur ou les coéquipiers, un accent trop marqué sur la compétition (j’avais trop de pression), le manque de temps de jeu et le manque d’habileté et à un moindre niveau la blessure et le coût financier de la pratique.

Le manque de plaisir est une des causes d’abandon – © Leoleobobeo

Nous avons là une quantité variée d’informations sur le phénomène de l’abandon mais il s’agit de raisons intuitives, subjectives. Il se peut qu’une même raison invoquée corresponde à plusieurs facteurs sous-jacents. Par exemple, le motif d’abandon « j’avais trop de pression » peut correspondre autant à l’attitude de l’entraîneur et des dirigeants du club exhortant continuellement les joueurs à la victoire qu’à celle de parents qui obligeraient leur enfant à faire du sport contre son gré, par exemple.

(2) D’autres études, se basant sur des théories en lien avec les théories sur la motivation, font ressortir que les sportifs qui abandonnent – comparés à ceux qui persévèrent – se caractérisent par une plus faible compétence perçue (je ne me sens pas capable) et/ou une orientation plus forte vers un but d’implication de l’ego (je gagne, je bats les autres). Voir Nos attitudes face aux succès et échecs sportifs

(3) Un troisième groupe d’études s’est focalisé sur le processus de décision qui conduit au retrait sportif, à savoir, l’analyse des bénéfices de l’implication sportive, opposés aux coûts et aux sacrifices imposés par celle-ci. D’après ces études, les sportifs qui ont abandonné éprouvaient moins de plaisir, percevaient un déséquilibre entre les coûts à investir (temps, énergie) et les bénéfices anticipés (se maintenir à niveau, progresser d’avantage).

Analyse de la fraction sacrifices/bénéfices de la pratique sportive – © Zoe

Enfin ces études ont également mis en avant le poids des alternatives (autres activités sportives, de loisirs ou sociales). Pour les différents auteurs il s’agit là d’un phénomène normal lié au processus de croissance, particulièrement prégnant à l’adolescence. Avec l’âge en effet, on constate une augmentation notable du temps pour les activités sociales (discuter avec les amis), les activités amoureuses, les sorties, les jobs d’étudiant … Un déclin de l’intérêt pour la pratique sportive a été constaté entre 13 et 16 ans : classée en 1ère position à 13 ans parmi 11 activités de loisir, elle n’était classée qu’en 5ème position à 16 ans.

(4) Et pour en finir avec ces études, quelques rares d’entre elles (proches de la sociologie) ont montré que comparativement aux athlètes qui persévéraient, ceux qui ont abandonné ont reçu moins de renforcements positifs et d’encouragements des parents, coéquipiers et amis.

Que peut faire le dirigeant de club ?

Pour rappel donc, les premières études que j’ai citées mettent en avant les influences néfastes pour l’investissement d’un ensemble de variables directement liées à l’activité, comme le manque de plaisir, la pression excessive, le niveau de satisfaction vis-à-vis du programme sportif, le sentiment d’incompétence, les relations conflictuelles avec les coéquipiers ou l’entraîneur. C’est sur cet axe qu’il me semble que le dirigeant de club aura le plus de poids : trouver des pistes pour diminuer l’abandon

Posons-nous la question.

Pourquoi fait-on du sport ? Qu’est-ce notre sport favori nous apporte ? Pourquoi choisissons-nous un sport plutôt qu’un autre ?

Pourquoi fait-on du sport ? ©Tero Vesalainen

Pour un compétiteur comme pour un dirigeant de club, la notion de sport ne se comprend souvent que par les mots préparation, entrainement, compétition et fédération. Pour un pratiquant qui débute dans un sport ou qui sort du parcours compétitif au sein de sa discipline, la notion de sport peut tout aussi bien signifier la performance, la recherche d’une bonne forme physique, la découverte de nouveaux sites, le prétexte à se retrouver entre copains, ou la recherche du plaisir à pratiquer l’activité. Le sport n’est pas que chronomètre, centimètre, résultat, ou quantification d’une performance.  « Que puis-je faire en tant que dirigeant de club pour améliorer la relation que le joueur entretient avec l’activité sportive, les pairs, l’entraîneur, le club ? ».

La réponse à ces questions permet d’adapter les activités du club dans le but de fidéliser ses membres. Les structures fédérales ont organisé le sport pour enseigner les techniques de jeu, pour organiser les compétitions, mais les clubs doivent structurer l’accueil, développer la convivialité et entretenir la motivation des pratiquants. La relation entre les individus, la qualité de la communication détermine bien souvent la dynamique collective.

Cela commence dès le départ. C’est avec les nouveaux pratiquants que le travail de motivation porte ses fruits. Et très souvent pour des raisons autres que l’apprentissage de la pratique elle-même. Si vous attendez que vos membres soient bien formés pour travailler l’envie et la fidélisation, vous allez en perdre.

Les clés de la fidélisation 

Il y a trois éléments dominants dans la faculté qu’à un club de fidéliser ses pratiquants.

La qualité pédagogique de l’enseignement de la pratique

Les éducateurs/entraîneurs sportifs sont les artisans de la fidélisation. S’assurer de la progression technique du sportif par un suivi régulier et personnalisé est une des façons d’accélérer l’apprentissage du geste.

Sans la maîtrise du geste technique, le sportif manque de confiance en lui. Sans confiance, il ne peut y avoir de plaisir à pratiquer.

La progression dans la technique de jeu détermine la décision d’abandonner ou de poursuivre la pratique au moment du choix de renouveler l’adhésion. Pour les nouveaux pratiquants, qui ne maîtrisent pas encore le geste technique, la motivation sera apportée par les entraîneurs, les éducateurs sportifs. Ce sont les maillons essentiels de la chaîne de fidélisation.

Sans la maîtrise du geste technique, le sportif manque de confiance en lui.
Sans confiance, il ne peut y avoir de plaisir à pratiquer.

Les relations entre l’enseignant sportif et le pratiquant sont au cœur des principes de fidélisation au club.

Lorsque le sportif a le choix entre le sport et une autre activité, l’attitude de l’entraîneur est aussi importante que ses compétences. C’est lui bien souvent qui donne l’envie de pratiquer. C’est l’entraîneur qui peut agir le plus efficacement dans la perspective de la fidélisation des pratiquants.

L’attention portée au pratiquant

Comme l’explique un responsable technique du Football club de Chéran (France) « Nous portons autant d’intérêt à notre équipe première qu’aux U7 et c’est pareil pour les féminines. » Un joueur qui se sent considéré donnera davantage de lui-même pour le groupe, qu’il s’agisse de son équipe ou de son club. C’est indissociable des autres éléments clés.

L’attention portée, c’est aussi la capacité à suivre le pratiquant au-delà du lieu et du temps de pratique. Les réseaux sociaux ont largement contribué à développer la communication des clubs sportifs.

La convivialité et l’ambiance générale du club

Sans ambiance, vous n’avez que très peu de raisons de vouloir rester au club. Les clubs sont des lieux de vie. Les relations que les pratiquants tissent entre eux, ou avec les cadres et les bénévoles du club, sont autant de bonnes raisons de rester.

La mauvaise ambiance est donnée comme principal motif d’abandon de la pratique par les enquêtes de fidélisation de plusieurs fédérations.

Seulement l’ambiance ne se décrète pas. Elle est le fruit d’une attitude des dirigeants et des encadrants, d’un état d’esprit, et d’une volonté d’agir, de « mettre l’ambiance ». Donnez envie à vos pratiquants de jouer et de se retrouver.

Donnez envie à vos pratiquants de jouer et de se retrouver © Luvmybry

A la base de l’envie, il y a le plaisir : celui d’être ensemble et celui de maitriser le geste technique. C’est une des clés de la fidélisation. La fidélisation des adhérents est aujourd’hui autant une affaire d’apprentissage des gestes sportifs que de relations humaines.

A suivre …

Bibliographie

Théories de la motivation et pratiques sportives – Etat des recherches François Cury, Philippe Sarazin, PUF

Nauleau Sport – Annecy-le-Vieux

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