[Récits de sportifs] : Karin Boulanger, l’équitation une incroyable passion

Quelle rencontre que celle de cette femme passionnée ! Et le mot est faible.

Rendez-vous est donné dans les écuries qu’elle loue dans le hameau d’Hannonsart, à Ohain. D’emblée elle me présente avec amour tous ses pensionnaires et raconte avec moult détails le parcours de chacun d’entre eux, son caractère, ses forces, ses faiblesses, …  Karin Boulanger pratique l’endurance avec une détermination et un engouement hors du commun  … qui lui ont permis de réaliser un palmarès vraiment exceptionnel :  8 médailles d’Or dont la médaille d’Or au championnat d’Europe par équipe (2005), 5 médailles d’Argent,  4 médailles de Bronze dont la médaille de Bronze au championnat du monde par équipe (2004), 3 fois Championne de Belgique (2006,2008, 2014) … Juste impressionnant ! Parcours Sportif Karin Boulanger

Karin  pratique l’endurance avec une détermination et un engouement hors du commun

Avant toute chose, peux-tu nous expliquer en quoi consiste cette discipline ? Comment cette passion t’est venue ?

L’endurance est une course de fond pratiquée à cheval et en pleine nature, sur une longue distance : de 20 km à 160 km en une journée. Un peu le marathon des humains. Cette course chronométrée doit être réalisée le plus rapidement possible tout en conservant une monture en parfait état de santé.

Attirée depuis toute petite par les animaux, je suis montée sur le dos d’un poney à l’âge de 7 ans. Mon papa était un passionné d’équitation (également en endurance) ainsi que mon grand-père maternel. Une histoire de générations donc. Après 5 années en secondaire dans une école à Waterloo, je suis partie suivre les 3 années de formation à l’Ecole provinciale d’Elevage et d’Equitation de Gesves. Ensuite, petit à petit, je me suis lancée comme monitrice, aimant particulièrement donner cours aux enfants. Ce n’est que plus tard que j’ai découvert le TREC (Tourisme Equestre de Compétition) et ensuite l’endurance.  Quant à la compétition, ce n’est que vers 40 ans que j’ai vraiment démarré les grosses épreuves.

Tu privilégies la distance de 160 km. Comment arrive-t-on à cela ?

Arriver à cette distance, cela ne se fait bien sûr pas n’importe comment ! Un véritable couple de sportifs de haut niveau doit être prêt ! Deux grands sportifs qui ont pris soin d’eux : physiquement, diététiquement, mentalement. Une connivence de chaque instant, un contact étroit et intense. Et ensuite avancer de concert, échelon par échelon, kilomètre par kilomètre jusqu’à être prêts, ensemble, pour le jour J, le jour de la compétition.  Un parcours de 160 km est constitué de 5 ou 6 boucles ; les contrôles ont lieu au terme de chacune de ces boucles.  Ils garantissent la bonne santé du cheval car en cas de doute (épuisement, fréquence cardiaque, boiterie, déshydratation …),  l’équipage est disqualifié. Tout au long de l’épreuve, l’effort de l’animal doit donc être maîtrisé. Au cours de ces arrêts de 50 minutes, le cavalier et le cheval mangent, boivent et se reposent. Le cavalier est aidé par 2 « intendants », très actifs lors de ces pauses obligatoires mais aussi le long du parcours où ils sont chargés de rafraîchir cheval et cavalier. En endurance, la présence de cette équipe est essentielle !

Le cavalier est aidé par 2 « intendants » chargés de rafraîchir cheval et cavalier.

Si la pratique de cette discipline est abordable par tous types de chevaux, à haut niveau, il s’agit essentiellement de pur-sang arabe, plus petit et au cœur battant plus lentement que ses congénères. Celui avec lequel je travaille actuellement, c’est Tawfiq du Courtisot.  Les éliminations sont très frustrantes mais compréhensibles (la santé et le bien –être de l’animal avant tout) car il s’agit d’un travail de très longue haleine qui nous amène à prendre le départ.

Championne de Belgique en 2006, 2008 et 2014, tu sembles être omniprésente ?

On pourrait le croire, mais en 2011, j’ai été éjectée de mon cheval. Ce fut une terrible chute et vraiment une année noire pour moi. J’ai été opérée deux fois de la hanche avec des mois d’immobilisation (puis une nouvelle fois en 2015). Les chirurgiens n’étaient pas certains que j’allais marcher à nouveau. J’ai vraiment cru que plus jamais je ne pourrais remonter sur un cheval. J’ai voulu me tourner vers d’autres sports, mais rien ne me semblait possible ! J’ai vraiment touché le fond mais ma motivation à refaire un « 160 km » fut la plus forte et c’est cet amour du cheval et de ce sport qui m’a permis de remonter en selle, dans tous le sens du terme. Ma motivation était vraiment de garder le contact avec le cheval. La compétition est comme une drogue ; j’ai besoin de cette adrénaline. Et puis, être dans la nature, être paisible sur mon cheval, cela me rend vraiment heureuse.  Ce titre de championne de Belgique en 2014 a donc une saveur particulière d’autant que le parcours était extrêmement exigeant et sous des conditions météorologiques extrêmes (froid, pluie, brouillard) !

Grâce à ses efforts  et sa persévérance, Karin a pris part aux Jeux Equestres Mondiaux en France en 2014 (équivalent des JO pour cette discipline, organisés tous les 4 ans, en alternance avec les JO). C’était sa 3ème sélection pour ces Jeux.

Une connivence de chaque instant, un contact étroit et intense

Quels changements en toi depuis cet accident ?

Cet accident, avec du recul, je le vois vraiment comme un signal pour me dire « tu en fais de trop, calme-toi ». Au départ, j’ai d’abord été forcée de m’arrêter et d’écouter  ce qui se passait. Des mois en salle de rééducation, ça aide à prendre conscience.  Et finalement j’ai écouté !

Je suis maintenant vraiment plus sereine, plus à l’écoute de tout et plus que jamais je sais que le cheval, c’est mon bonheur.

Par rapport à la compétition, gros changement aussi : j’accepte mieux la défaite. Avant, l’échec pour moi était terrible, j’étais vraiment démoralisée, j’avais ma confiance en moi qui chutait au plus bas. Et quand je gagnais je ne savais pas savourer ; j’étais tout de suite dans le futur, dans les préparatifs de la compétition suivante. Maintenant j’apprends à être dans le présent. Tout ce que je fais, je le goûte avec bonheur, je profite du chemin.

Quelles qualités sont-elles nécessaires pour cette discipline ?

D’abord aimer les chevaux pour parvenir à une grande complicité avec eux, être en harmonie. Et puis être courageux : le nombre d’heures d’entraînement est incroyable. Il faut au minimum 4 ans pour arriver à avoir un cheval prêt pour ce genre de compétition. C’est énorme.  Ensuite avoir un mental d’acier ; après ces années d’entraînement, vous pouvez arriver à la compétition et vous faire disqualifier au 1er contrôle, avant même le départ, car le cheval s’est légèrement blessé par exemple. Je dirais aussi qu’il faut être physiquement endurant. La compétition démarre à 6h du matin et se termine vers 21h. Il faut savoir tenir le coup !  Et puis aussi, savoir gérer son anxiété. Chez moi, elle se signale par une boule au ventre une à deux semaines avant la compétition : le cheval est-il prêt ? Va-t-on pouvoir concourir ? Va-t-il passer le contrôle initial ? … En fait, ce sont toutes les incertitudes qui me provoquent cette anxiété. Et puis bien sûr, après ma chute, j’ai eu peur de remonter à cheval, très peur. Et finalement je rajouterais aussi que se nourrir pendant cette journée de 160km est aussi un gros challenge : que manger ? quand manger ? que boire ? J’ai tâtonné, avancé par essais-erreurs et maintenant je pense que je gère … finalement ! En résumé, une profonde connaissance du cheval que l’on monte, une hygiène de vie, un travail régulier, énorme, méticuleux, méthodique, exigeant.

Une hygiène de vie, un travail régulier, énorme, méticuleux, méthodique, exigeant.

J’ai ressenti Karin heureuse, complice avec chacun des chevaux présents dans son écurie. On le sent à travers ses mots et ses émotions qui transparaissent : c’est pour elle une extraordinaire fierté et un bonheur gigantesque que d’avoir pu remonter à cheval.

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