Feedback constructif et apprentissage

Vous souvenez-vous du moment où vous avez appris à rouler à vélo ? Après avoir écouté les recommandations de nos parents, nous avons fait de multiples tentatives sous leurs paroles encourageantes pour finalement voir la fierté éclater dans leurs yeux.  Nous avons testé l’équilibre, le coup de pédale, la tenue du guidon etc. tout en analysant les conseils de nos parents face à ces essais/erreurs. Tout apprentissage se fait par cette suite d’essais et d’erreurs. Chaque boucle permet à celui qui apprend de faire un nouvel essai plus approprié car il peut ajuster ses essais les uns après les autres.

Nous avons testé l’équilibre, le coup de pédale, la tenue du guidon etc. tout en analysant les conseils de nos parents face à ces essais/erreurs

Et ceci est valable dans bien des domaines : sportif, scolaire, professionnel. Le feedback renseigne celui qui apprend sur les éléments qu’il doit maîtriser pour encore s’améliorer. il n’y a pas de développement de compétences sans feedback. Les sources de feedback sont multiples : soi-même, ses co-équipiers, l’entraîneur, les parents.

En sport, une place importante est donnée à ceux qu’on surnomme dans la littérature scientifique les « autruis significatifs », c’est-à-dire ceux qui, dans l’entourage de l’athlète, sont importants, significatifs pour lui. Nous pensons ici en particulier aux parents (la famille) et à l’entraîneur ; mais pour certains sportifs de haut niveau, il s’agit aussi de prendre en compte les sponsors, fédérations, médias, …. Ces personnes sont extrêmement importantes dans le développement du sportif. Nous sommes donc tous concernés.

Les réactions (feedback) des parents et des entraîneurs face aux tentatives de maîtrise des enfants/adolescents remplissent une double fonction. Le feedback sert à informer et à corriger (qualité de la prestation, conseils pour s’améliorer) mais aussi à motiver. De multiples définitions du feedback existent. J’aime particulièrement celle proposée par Carlier et al. (1991). « Toute communication d’accompagnement au cours de la réalisation de la tâche ou après ».

L’objectif du feedback est d’augmenter le sentiment de compétence du sportif.

Cette communication n’est pas seulement verbale ; elle peut aussi être kinesthésique (tape dans la main, accolade, etc.) ou non verbale (sourire, pouce en l’air, clin d’œil, etc.). Parfois un geste, une attitude, une intention affichée peuvent impacter beaucoup plus que les mots. Enfin, rappelons-nous toujours que l’objectif du feedback est d’augmenter le sentiment de compétence du sportif : donner des conseils ET motiver.

D’une part donc, l’information. Les athlètes ont besoin du feedback des entraîneurs pour confirmer l’amélioration de leurs compétences. Ici, l’objectif du feedback est d’informer le jeune sur son niveau de compétence en lui expliquant les possibilités d’amélioration dans le but de réaliser sa tâche. Sans cette connaissance, les athlètes ne peuvent pas faire de progrès. Cette fonction est remplie par les entraîneurs, et non par les parents (pour tout feedback technique, il s’agit de faire confiance à l’entraîneur de son enfant et lui laisser la place). A noter que les entraîneurs ont aussi besoin du feedback des athlètes qu’ils suivent pour connaître leur niveau de compréhension du contenu enseigné.

Même s’il n’existe pas de recette toute faite, pour qu’un feedback informatif soit utile, plusieurs ingrédients sont indispensables.

Il n’existe cependant pas de recette toute faite.

En voici quelques exemples :

  • Être précis, être spécifique, être descriptif : « la rotation de ton bassin était parfaitement coordonnée avec le reste de ton corps » et non un feedback banal et général : « c’était bien » ou pire « c’était nul »
  • S’il y a du positif et du négatif à dire, commencer par le positif : « J’ai bien aimé ta passe, Alain ; elle était très précise, mais tâche d’y mettre davantage de vitesse ».
  • En cas de feedback négatif, proposer une alternative pour ne pas laisser l’athlète face à son erreur ; il s’agit de lui suggérer des pistes de solutions.
  • Eviter toute comparaison normative et encourager l’amélioration/maîtrise personnelle : « il me semble que tu t’es vraiment bien entraîné ces 2 dernières semaines, ton temps au démarrage a baissé de 0.18 sec  » et non « c’est mieux, tu es arrivé 6ème de la course ». Pour plus d’infos : Quelle motivation ? Buts de comparaison sociale ou buts de maîtrise
  • Toujours favoriser l’autonomie de l’élève (Les 3 besoins fondamentaux de tout sportif : compétence, autonomie, appartenance), le faire réfléchir, apprendre par lui-même : « comment places-tu tes mains par rapport au ballon ? Qu’est ce qui, d’après toi, pourrait faire que tu sois plus en équilibre au moment de l’impact ? »
  • Personnaliser son feedback : les conseils à un athlète endurant ne seront pas les mêmes qu’à un sportif explosif, par exemple. L’entraîneur doit avoir identifié les techniques de prédilection de chacun de ses élèves et travailler sur l’arsenal technique qu’ils peuvent mobiliser en fonction des adversaires et/ou de ce qu’ils font, les aider à mobiliser des ressources orientées vers ce qu’ils savent faire de mieux.

D’autre part, la motivation. Chaque feedback va favoriser l’apparition de réactions émotionnelles qui, selon leur nature, vont renforcer ou inhiber la motivation. Ce comportement différencié des parents et des entraîneurs entraîne certaines conséquences motivationnelles ou comportementales chez les jeunes (Pourquoi un bon feedback est-il si important ?). Des affects positifs comme l’enthousiasme, le plaisir ou l’impression d’être compétent vont nourrir la motivation, l’envie de poursuivre ; des affects négatifs comme l’anxiété, la dévalorisation, le sentiment d’incompétence vont au contraire avoir tendance à diminuer la motivation pour la compétence. Les athlètes ont besoin de recevoir un feedback renforçant leur perception de compétence. Ceci pourrait jouer par exemple sur l’envie de poursuivre ou non dans le domaine concerné.

Les athlètes ont besoin de recevoir du feedback renforçant leur perception de compétence

Tout individu, quel qu’il soit, ressent le besoin naturel de se sentir compétent. Or, les encouragements de la part des parents et des entraîneurs permettent aux jeunes de se percevoir comme étant compétents. Les feedback de ces personnes importantes seraient donc un moyen d’augmenter les croyances d’efficacité personnelle de celui qui apprend et en retour sa confiance en lui.  En terme de motivation, le feedback positif est extrêmement important, voire primordial. A contrario, si un jeune sportif se perçoit, à travers le feedback de son entraîneur, comme peu compétent, sa motivation et sa confiance en lui vont chuter.

A retenir ! Tous les travaux universitaires que j’ai parcourus accréditent un lien direct entre l’augmentation du sentiment de compétence et l’augmentation de la motivation (intrinsèque).

Il y a encore beaucoup de choses à dire sur le feedback … la suite dans un prochain article !

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